La Reine de France

LA REINE DE FRANCE

par Léon de Montesquiou

Discours prononcé à la Salle des Sociétés Savantes

Mesdames, Messieurs,

Je voudrais attirer votre attention sur deux choses, qu’à mon sens, symbolise la fête que nous célébrons aujourd’hui, la Sainte-Marie, la fête de Madame la Duchesse d’Orléans.

Cette fête est d’abord la fête de la douceur et de la bonté. Il en est probablement qui s’étonneront que l’Action Française pense, même en ce jour, à glorifier ces sentiments. Si on reconnaît, en effet, certaines qualités à l’Action française, on n’a pas l’habitude de lui reconnaître celles-là. Mais je répondrai que. si nous ne sommes pas doux, c’est que les circonstances ne nous permettent pas de l’être. Nous combattons, en effet, des crimes commis contre notre pays, et toute indulgence envers ces crimes ne tarde pas à se tourner en dureté contre la France. Or c’est envers la France que nous nous sommes juré d’être avant tout doux et bons.

Contre ceux qui la mènent à sa perte nous cherchons à protéger notre patrie. Mais nous n’avons pas pour cela à notre disposition les moyens qui sont l’apanage d’un pouvoir fort. Qu’on ne s’ étonne donc point si nous sommes parfois obligés de recourir à la violence. Car, comme l’a dit excellemment Charles Maurras, la générosité est le luxe de la puissance. Mais vous voyez par cela même comme son image est à sa place à côté du Roi de France.

Certes, le pouvoir royal doit être ferme d’ abord, car tout d’abord il doit se maintenir et maintenir l’ordre. Mais plus que tout autre, parce qu’il est plus que tout autre un pouvoir fort, il peut montrer, une fois l’ordre garanti, de la bonté et de la douceur. C’est ce que nous rappelle la fête d’aujourd’hui, elle nous rappelle que la Monarchie n’est pas seulement un chef qui fait justice, mais qu’elle est aussi une femme dont l’âme indulgente incline à la commisération.

Peut-être, se souvenant de Louis XVI, nous objectera-t-on que la bonté fut fatale à la Monarchie, qu’elle est à l’origine de nos maux, et qu’il n’est donc guère politique de la célébrer. Mais, qu’on ne s’y trompe point, la faute de Louis XVI ne fut pas d’avoir l’âme sensible, elle fut de l’avoir affaiblie par les sentiments du siècle. L’humanitarisme de la Révolution, dont il n’était pas exempt, lui fit douter de son droit de défendre le trône par tous les moyens. C’est ce doute qui fit son infortune et la nôtre. Mais l’humanitarisme n’est pas la bonté, il n’en est que la caricature, ou plutôt il en est même la contradiction. Car l’humanitarisme, en incitant à la faiblesse contre le crime, opprime la vertu, en protégeant les scélérats, leur livre les honnêtes gens. Nous n’en avons que trop d’exemples actuellement sous les yeux.

Bossuet disait : « Rois, gouvernez hardiment ». Il entendait par là : n’ayez pas d’hésitation sur votre premier devoir : il est de gouverner. Marchez donc hardiment dans la voie tracée par ce devoir premier. Or, si c’est là ce qui manqua à Louis XVI, la hardiesse dans le gouvernement, nous avons par contre un Prince qui, lorsque le trône lui sera rendu, gouvernera hardiment, soyez-en assurés. Tous ceux qui l’ont approché vous le diront comme moi. Et c’est cette hardiesse, ou si vous préférez, cette fermeté dans le commandement, qui rendra de nouveau possible pour le pouvoir l’indulgence, la douceur, la bonté, tous les sentiments qu’évoque cette fête pour laquelle nous nous trouvons réunis en ce moment.

Cette fête nous rappelle encore autre chose, vous ai-je dit. Elle nous rappelle qu’à côté du chef qui commande, il y a la compagne qui sait se faire écouter. Et cette fête est ainsi, dans la personne de la Reine, comme la fête de tout ce qui tempère et ce qui éclaire le pouvoir royal. Certes il faut que le commandement soit un, il faut que la volonté du chef prime toute autre, sous peine, pour le chef, de cesser d’être le chef. Mais il est utile, il est nécessaire, que cette volonté ne soit pas abandonnée à elle même, qu’elle soit entourée des conseils de ceux qui sont en mesure d’apporter des lumières. Si l’on veut que les citoyens aient un droit dans le gouvernement, voilà le droit qu’ils ont, c’est celui de renseigner le pouvoir, et il est impossible de leur retirer ce droit. Ou plutôt, il y a un seul moyen de leur en empêcher l’exercice, c’est de rendre le pouvoir vacant. Toute doléance alors est vaine, tout conseil inutile, puisqu’il m’y a personne pour écouter, personne de responsable, personne pour s’inquiéter des intérêts de la nation.

Et il en sera ainsi jusqu’au jour où sera rétabli le gouvernement monarchique. Alors seulement nous aurons un chef responsable à qui présenter nos doléances, un gardien des intérêts nationaux qui réclame d’être renseigné sur ces intérêts.

C’est pourquoi, Mesdames et Messieurs, au nom de ces intérêts, jetons les cris de : A bas la République ! Vive le Roi ! Vive la Reine !

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