Le maître du nationalisme intégral

La voilà ! La première biographie historique de l’auteur de L’enquête sur la monarchie, qui exerça une influence si importante aussi bien sur des intellectuels que sur une partie de la jeunesse, mais qui finira condamné pour « intelligence avec l’ennemi ». « Historique » en effet, en non pas seulement « littéraire », ou « politique » comme ont pu l’être trop souvent la plupart des textes antérieurs.

Après avoir évoqué une jeunesse marquée par le deuil et la découverte de la surdité, Olivier Dard nous fait découvrir le jeune poète, le critique littéraire, qui « glisse » en quelque sorte peu à peu vers la politique dans les années 1880-1890. Il rappelle l’influence boulangiste, mais surtout l’appartenance au félibrige, où nait progressivement l’idée du « pays réel », du fédéralisme, avec de véritables hymnes à la Provence, à la Méditerranée et au soleil. L’appel à la monarchie, le retour à l’Eglise, la notion si importante « d’harmonie » (qui ose encore parler « d’harmonie » en politique ?) se dessinent au fil des aventures de presse, de La Cocarde à L’Action Française. On croise Barrès, Sorel, Bainville, Dimier, Sangnier, Daudet, Pujo, plus tard Gustave Hervé, Maritain, Massis, Boutang enfin, et d’autres, et l’on apprend que le café de Flore est alors quasiment son quartier général ! Les choses changent… Olivier Dard revient longuement sur le rapport entre nationalisme français et religion chez Maurras (« Je suis Romain parce que si mes pères n’avaient pas été Romains comme je le suis, la première invasion barbare, entre le Ve et le Xe siècle, aurait fait aujourd’hui de moi une espèce d’Allemand ou de Norvégien. Je suis Romain, parce que n’était pas ma romanité tutélaire, la seconde invasion barbare, qui eut lieu au XVIe siècle, l’invasion protestante, aurait tiré de moi une espèce de Suisse …. Je suis Romain par tout le positif de mon être … Je suis Romain, je suis humain : deux propositions identiques »). Maurras revendique cet héritage provençal, catholique et français, au point de devenir « un adversaire résolu de la modernité ». La Première Guerre mondiale le voit développer une conception personnelle de « l’Union sacrée », au titre de la défense de la nation mais sans renoncer au débat d’idées. L’après guerre est marqué par l’amertume, puisque le sacrifice de tous ces morts ne donne pas pour autant une paix véritable et qu’aussitôt recommencent les débats politiques et les joutes intellectuelles. Les échecs électoraux et la condamnation par le Saint-Siège en 1924-1926 marquent durablement le mouvement, mais le journal d’Action Française poursuit sa route et Maurras, durant les années 1920-1930 semble marqué par ce paradoxe d’un magistère intellectuel (il entre à l’Académie française) mais d’une impuissance politique.

La suite dans le site Guerres et Conflits via le CRAF

Suite du Cercle d’Etudes (1/5) : A la découverte de Charles Maurras…

Jamais auteur politique n’aura été autant source de polémiques, de calomnies ou de mensonges que Charles Maurras. Actuellement cloué au pilori par les trop nombreux  « intellectuels » autoproclamés du régime républicain, la réalité est comme à son habitude loin des préjugés et des idées préconçues qui perlent aujourd’hui nos livres d’Histoire.

Charles-Marie-Photius Maurras naquit le 20 avril 1868 à Martigues, dans cette Provence qui allait bercer ses jours et ses nuits, ses rêves et ses poèmes. Issu d’une vieille famille provençale, Charles Maurras dut dès sa prime enfance faire face à un grave problème d’audition qu’il conserva toute sa vie, terminant cette dernière proche de la totale surdité. Ayant perdu son père en 1876, il fit ses études au collège catholique d’Aix en Provence, découvrant jour après jour la beauté de cette belle région provençale que dépeignait avec talent les sept poètes du Félibrige, Mistral et Roumanille en tête.

Ayant obtenu son baccalauréat en 1885 [On pourra d’ailleurs découvrir une partie de sa copie ici], il se rendit à Paris dans le but de se lancer dans la brillante carrière littéraire qui semblait se dessiner pendant ses quelques années scolaires. Cette même année, tout juste âgé de 17 ans, il publia donc son premier article dans les Annales de la philosophie chrétienne. Et ces années parisiennes, si elles furent sans nul doute scolaires et assidues, n’en furent pas moins l’occasion pour le jeune Maurras de découvrir la richesse intellectuelle française, notamment par son amitié avec le grand écrivain Anatole France (ce qui renforça indubitablement son agnosticisme) et par la découverte de la pensée positiviste initiée par Auguste Comte et Hippolyte Taine.

Mais l’éloignement de sa terre natale n’ébranla pas son amour immodéré pour la Provence, loin de là. Ces années parisiennes furent également pour Maurras l’occasion de côtoyer des grands noms de la Provence, et il se lia d’amitié avec celui qui lui donnera ses bases en Politique Internationale et en Régionalisme, Frédéric Amouretti. Avec son aide, Charles Maurras rédigera même l’un des plus grands actes du Félibrige, la fameuse Déclaration des jeunes félibres  du 22 février 1892, tout juste âgé de 23 ans.

Les années 1895-1896 se révélèrent être les années charnières pour Charles Maurras. Ecrivant maintenant dans de nombreux journaux tels que la Cocarde de Maurice Barrès ou la Gazette de France, il couvrit pour cette dernière les Jeux Olympiques  de 1896 et rentra véritablement changé de ce voyage. Face au romantisme et au germanisme de cette fin du XIX°Siècle, Maurras devint l’un des plus grands chantres du classicisme et de la défense de la civilisation gréco-latine.

Ces années virent surtout éclater l’Affaire Dreyfus, celle-là même qui divisa pendant des années les français. Maurras, tout comme grand nombre d’intellectuels (Barrès, Brunetière, etc…)  de cette époque, prend le parti antidreyfusard  non pas comme on a pu le prétendre contre la religion de Dreyfus mais pour l’honneur de l’Armée. Car la plupart des antidreyfusards ne s’opposent pas à Dreyfus en lui-même, mais bien à la révision de son Procès qui mettrait l’Armée en véritable porte-à-faux ce qui, en ces temps troublés (le président Carnot vient d’être assassiné et les « lois scélérates » promulguées), revenait à mettre en danger la Patrie.

Défendant sans cesse l’idée de Décentralisation (ouvrage de 1898), centrale pour toute saine politique nationale, Maurras en vint tout simplement à considérer l’idée royaliste comme la plus pertinente. C’est ce qui fit d’ailleurs la grande force de Maurras : il ne naquit pas royaliste, il ne le devint pas par tradition mais par intelligence et culture. C’est l’intelligence et l’étude politique qui poussa Maurras au Royalisme, gageure de la pertinence politique de l’idée royaliste. [On développera le Royalisme Maurrassien ici].

                C’est d’ailleurs pendant l’Affaire Dreyfus que fut créé l’Action Française par deux républicains, Maurice Pujo et Henri Vaugeois, où Maurras n’y entra que comme collaborateur. Le début de la publication de l’Enquête sur la Monarchie de Charles Maurras dans la Gazette de France, en 1900, allait complètement changer la donne politique. Cette inexpugnable volonté Maurrassienne de réveil patriotique et monarchique était véritablement catalysée par l’incroyable instabilité politique de l’époque, jointe au traumatisme de la défaite de 1870.

Portrait de Charles Maurras

                Ramenant ainsi la plupart des cadres de l’Action Française à la cause monarchiste (Jules Lemaître, Henri Vaugeois, Maurice Pujo notamment), Maurras fit de l’Action Française le fer de lance du Royalisme en ce début du XX°Siècle, développant au fur et à mesure de ses ouvrages la pensée royaliste et martelant avec l’insistance du bon sens les principes qui devaient sauver la France. De ces ouvrages, la postérité retiendra notamment L’Idée de Décentralisation (1898), l’Enquête sur la Monarchie (1900 à 1909), la république et la question ouvrière (1908), Kiel and Tanger (1913), la Nation et le Roi (1928) et Comment je suis devenu royaliste (1930).

                Pendant la Grande Guerre, l’Action Française et Charles Maurras optèrent pour le « compromis nationaliste », stoppant momentanément toute propagande royaliste pour soutenir les armées françaises face à l’envahisseur allemand. Ce compromis qu’il résumait sous l’adage « défendre l’héritage en l’absence d’héritier » lui fut grandement reproché par les royalistes intransigeants, qui ne pouvaient accepter de compromis avec la république, fut-il temporaire.

                Pendant toutes ces années de l’entre-deux guerres, des années 1900 au début de la seconde guerre mondiale, Maurras n’aura de cesse de défendre l’idée royale et de développer l’influence de l’Action Française. Aidé de brillants intellectuels comme l’historien Jacques Bainville, Léon Daudet ou Jules Lemaître, il bâtit une véritable école de pensée : l’Action française devint rapidement quotidienne, les organisations militantes comme les Camelots du Roi se multiplièrent, une maison d’édition vit le jour et la création de nombreux cercles ne firent qu’asseoir un peu plus la puissance de la pensée royaliste en ce début du XX°Siècle. En 1934, l’Action Française compte pas moins de 60 000 adhérents, dont 7 000 parisiens…

                En 1925, de multiples attentats et attaques (7 morts en 6 mois) visent les royalistes, et les patriotes en général d’ailleurs. Maurras, conscient de la réalité du danger et de l’inertie des autorités, décide de frapper un grand coup en remplaçant son article quotidien du 9 Juin par deux lettres ouvertes, l’une au préfet de police et l’autre au Ministre de l’Intérieur, Abraham Schrameck. Cette lettre, souvent mal comprise, exprime clairement la pugnacité de celui que l’on appelle déjà « Le Maître de Martigues ».

                « […]  Il suffira d’essayer de nous désarmer et de nous livrer à vos bourreaux chinois. Vous subirez la peine à laquelle vous serez condamné. C’est sans haine et sans crainte que je donnerai l’ordre de verser votre sang de chien s’il vous arrive d’abuser de la force publique pour ouvrir les écluses du sang français sous les balles et les poignards de vos chers bandits de Moscou. »

                Et il suffit de se pencher objectivement sur l’Affaire Philippe Daudet ou l’assassinat de Marius Plateau pour comprendre les sacrifices concédés par les royalistes, les morts qu’ils ont dû enterrer en voyant leurs meurtriers libérés, comme Germaine Berton.

Charles Maurras et Léon Daudet au défilé à Sainte Jeanne d'Arc

 

                Peu de temps après, c’est à la Papauté que Maurras devra faire face. En effet, en 1926, le Cardinal Andrieu mettait en garde L’Action Française contre la place de Dieu dans leurs propos, que ce soit dans le quotidien comme dans les ouvrages. Pourquoi ? Tout simplement parce que Maurras, agnostique de son état, avait posé la religion catholique comme ciment de l’unité nationale, mais n’avait pas subordonné la politique à la religion, laissant le gouvernement de la France indépendant de la hiérarchie catholique. Dès lors, l’Eglise frappa un grand coup les royalistes de l’Action Française : interdiction des sacrements (1927), Mise à l’index des œuvres et du quotidien (1926), etc… C’est grâce à l’intervention d’un groupe d’évêques, aidés notamment par les carmélites de Lisieux, que sera réhabilité l’Action Française en 1939.

                Par ailleurs, avant même l’accession d’Hitler à la Chancellerie Allemande, les membres de l’Action Française furent les premiers à dénoncer les intrinsèques dangers du nazisme. Bainville en tête, les intellectuels maurassiens ne tarirent de critiques et de dénonciations, contrairement à l’image colportée par les pseudo-historiens actuels. Maurras, dès 1930, mettait en garde contre ce nazisme qui était « un des plus grands dangers pour la France », et il n’aura dès lors de militer pour un renforcement militaire de la France. Pour autant, Maurras et l’Action Française n’appelèrent jamais à la Guerre ouverte contre l’Allemagne, conscients de l’évidente défaite qu’allait subir la France si elle s’y aventurait.

                Lors de l’arrivée au pouvoir du Maréchal Pétain en 1940, Maurras eut cette expression de « Divine Surprise » que la postérité garda. Pêchant par anachronismes et ignorance historique, la plupart des commentateurs actuels oublient que l’arrivée du Maréchal Pétain au pouvoir a été vue pour la majorité des français comme un soulagement face à l’inaction du gouvernement Reynaud. Prônant l’obéissance inconditionnelle dans l’homme qui apparaissait aux yeux de tous comme le seul véritable sauveur de la Patrie, Maurras choisit donc de suivre le Régime du Maréchal Pétain mais, contrairement à ce qui a pu être écrit, a toujours dénoncé avec véhémence la collaboration avec l’Allemagne nazie. Il présentera donc rapidement Pierre Laval « comme un traître » et l’AF sera interdite en zone occupée puis soumise à la censure après l’invasion de la Zone Libre en 1942.

                Pétainiste par nécessité, Maurras ne fut jamais vraiment du proche du Maréchal. Lui-même le dira et protestera contre «  la fable intéressée qui fait de moi une espèce d’inspirateur ou d’Éminence grise du Maréchal. Sa doctrine est sa doctrine. Elle reste républicaine. La mienne est restée royaliste. Elles ont des contacts parce qu’elles tendent à réformer les mêmes situations vicieuses et à remédier aux mêmes faiblesses de l’État. (…) L’identité des problèmes ainsi posée rend compte de la parenté des solutions. L’épouvantable détresse des temps ne pouvait étouffer l’espérance que me donnait le remplacement du pouvoir civil impersonnel et irresponsable, par un pouvoir personnel, nominatif, unitaire et militaire. »

                Condamné pour « intelligence avec l’ennemi » à la libération après un procès sans réelle justice, Charles Maurras sera gracié pour raison de santé peu de temps avant sa mort en 1952. Son œuvre, immense par sa profondeur et son étendue, ne saurait se limiter au domaine politique : Poèsie (La Musique Intérieure, 1925), Littérature (les Amants de Venise, 1902) et Philosophie (L’Avenir de l’Intelligence, 1905) en sont véritablement parties intégrantes.

Citation de la semaine

L’Étatisme administratif et économique nous affaiblit. Mais l’absence d’un État politique vigoureux ne nous tue pas moins sûrement. Or, la Monarchie reconstitue l’État politique, et elle se délivre de l’Étatisme.

Charles Maurras, la Politique Générale, 1922

Charles Maurras
Charles Maurras

D’absurdes dissolutions aux véritables solutions

Suite à « l’affaire Méric » (ou plutôt à la manipulation autour de cette pitoyable escroquerie politique), le Sinistre Valls vient donc d’annoncer, en grande pompe, de nouvelles dissolutions de groupuscules qui, à l’instar de Troisième Voie, choquaient visiblement les  (improbables ?) consciences de nos actuels benêts-gouvernants : l’Oeuvre Française de Pierre Sidos et les Jeunesses Nationalistes d’Alexandre Gabriac.

Si les royalistes n’ont pas de véritables accointances politiques avec ces groupes, il reste évident que les dissolutions de ces groupes politiques ne servent qu’aux gargarisassions stériles d’énarques parisiens, ceux-ci pouvant se vanter devant leurs groupies de lutter contre un péril brun bien fictif… Mais quiconque sait encore frotter deux neurones peut concevoir l’absurdité de la méthode. Ici, pas d’intelligence politique, pas de brillantes démonstrations d’éloquence : le silence s’impose non pas aux idées, mais simplement aux porte-voix qui, n’en doutons pas, changeront simplement de nom pour se reformer.

Ainsi donc, les dissolutions de groupes politiques, qu’importent leurs idées, sont vouées à l’échec : au lieu de réfuter par l’intelligence les idées condamnées, elles posent en victimes les groupes visés et apportent donc du crédit à leurs propos.

Mais là où l’absurdité de ces dissolutions paraît avec une intense clarté, c’est bien dans les propos de l’improbable Ministre qui fustigent les « hommages réguliers de l’œuvre Française à Maurras ». Fichtre ! Rendre hommage au Maître de Martigues serait devenu hautement condamnable, au même titre que le djihad des forsane alliza ? L’Enquête sur la Monarchie serait elle devenue les cent versets guerriers du Coran ? L’Action Française serait elle devenue la prochaine cible des « frères trois points » de l’Elysée ?

Face aux récurrentes démonstrations d’inculture et de bêtise gouvernementale, tout devient possible. Pour faire oublier leur pitoyable nullité gouvernementale, les socialistes usent et abusent de poudre aux yeux, tirant à boulets rouges sur un virtuel « péril brun »…. Les royalistes doivent évidemment se réjouir de cette mascarade politique : les socialistes, en portant l’imbécilité à son paroxysme, fragilisent chaque jour davantage l’édifice républicain, appelant les camelots à renforcer leurs ardeurs militantes !

Pour que vive la France, vive le Roi !

Charles Maurras

[Texte de Référence] Le Bien de tous, par Charles Maurras

Charles Maurras
Charles Maurras

Nous sommes nationalistes : par conséquent préoccupés de la santé, de la vigueur de nos éléments sociaux. Nous sommes royalistes et par consé­quent syndicaux : le roi est le président-né de toutes les républiques professionnelles ou locales dont se compose la nation. Enfin, sachant un peu d’histoire et de géographie, nous servant aussi de nos yeux, nous ne pouvons nous empêcher de voir ce qui est : il va falloir régler la question ouvrière ou retomber dans une complète barbarie.

Nos opinions ont été claires dès notre premier mot. Mon collaborateur Criton en a eu la preuve par une intéressante lettre arrivée dès samedi soir  et qu’il me communique. Elle est signée d’un « abonné de L’Humanité ». Ce citoyen, qui n’a pas le cerveau perclus, a coutume d’acheter « les premiers numéros de tous les journaux paraissant », dans l’espoir, toujours déçu, déclare-t-il, d’y trouver une idée neuve. Nous aurions dû le décevoir un peu plus que les camarades, ne nous étant jamais flattés d’émettre des idées neuves et les idées justes nous suffisant.

Et (tant il est vrai qu’en cherchant la vérité et la justesse, on a le reste par surcroît) nous avons procuré au lecteur de M. Jaurès la petite secousse que recherchait sa curiosité ou son blasement. Mais réussirons-nous ? Il en doute d’abord. Puis il avoue que nous arrivons « dans un moment absolument opportun, le peuple commençant véritablement à être dégoûté de la République qui ne fait absolument rien pour lui ». Donc, sans nous approuver, tout en maugréant, et soit par acquit de conscience, soit pour céder à quelque obscur élan du désir français qui s’ignore, il poserait bien ses questions.

Elles se ramènent à une seule : — Est-ce sérieux ?

Quelle méfiance excellente ! En temps normal, le plus mol oreiller de l’esprit, c’est la foi. La foi est l’instrument naturel d’une bonne vie. Mais, quand on est en république, rien n’est plus naturel, ni normal, tout s’invertit. C’est le doute au contraire qu’il faut recommander à un peuple obsédé par les républicains. Doute, bon peuple ! Doute, tu ne peux rien faire de mieux en écoutant la promesse des imposteurs. Doute, même de nous. Tu ne nous connais pas. Tu ne connais pas notre Roi. Tu ne sais pas que nous sommes Toi, c’est-à-dire ta condition, ta fortune, ton avenir, ton salut même. Doute. Tu te rendras à l’évidence quand il faudra. Mieux vaut commencer par douter que t’exposer à prendre un blagologue à la Viviani pour quelqu’un de sérieux ou pour un ami vrai quelque Briand numéro deux.

Notre correspondant demande donc avec un hochement incrédule si, « par le plus grand des hasards », notre roi serait « le digne successeur d’Henri IV ». Nous répondons que le « hasard de la naissance » fait de ces coups. Mais ce roi voudrait-il « s’intéresser au peuple, s’inquiéter de ses souffrances et de ses besoins, mettre en œuvre les moyens de satisfaire ses aspirations légitimes » ? Nous répondons qu’à cet égard, ce n’est pas la volonté du roi qui est en faute, c’est l’information du citoyen qui s’adresse à nous. Le roi s’est enquis des besoins du peuple, il a écrit ce qu’il en pense, on peut lire les lettres qu’il a publié cet automne à la Librairie nationale. Dix fois, cent fois, le roi a promis son « appui » au peuple. Notre correspondant en est encore à le demander !

Qu’il se renseigne un peu ! Notre jeune ami Georges Valois publie son enquête sur « la révolution sociale ou le roi », et, par l’énoncé même de sa question, il montre que, pour nous (pour nous tous qui savons que la société se compose de familles, de groupes, d’organisations et non d’individus), il y a plus qu’un droit syndical, il existe un devoir de fraternité syndicale. Quand l’abonné de L’Humanité sera au courant, il pourra comparer à ce programme si complet les vœux et les doléances que sa lettre nous exposait ; alors, en connaissance de cause, il prononcera.

Quelles sont ses demandes ? La poule au pot lui paraissant un trop grand rêve, notre correspondant déclare qu’on se contenterait « d’un menu comme celui que le docteur Landouzy a déclaré indispensable à l’entretien de la machine humaine » : « on se vêtirait proprement, on habiterait dans des logements hygiéniques et on laisserait à l’ouvrier économe la possibilité de se constituer une propriété individuelle. » Puis, salaire ne tombant pas au dessous d’un certain minimum, travail n’excédant pas un certain maximum ; assurance contre les risques de chômage et de maladie, retraites en cas d’invalidité et de vieillesse… »

Cet « en cas de vieillesse » paraîtra au lecteur attentif une note d’une intense mélancolie. Notre correspondant sait que les prolétaires appartiennent à un monde

…où l’on ne vit guère
Plusieurs fois vingt ans

Cette mélancolie est sans doute ce qui le rend inique à notre égard : il nous soupçonne de considérer les réformes qu’il énumère comme autant d’« abomi­nations ». Eh ! bien, citoyen, non. Mais alors, dit-il, placez votre programme social comme manchette permanente « en tête de votre journal ». Non plus.

Citoyen, nous faisons consister notre dignité à publier la vérité sans charlatanisme. Nous n’avons pas envie d’être pris pour des démocrates. Leurs bas procédés, qui nous humilieraient, ne seraient pas moins injurieux pour vous, honnête homme, et qui nous parlez dans votre lettre de la « patrie ».

Vers le milieu du siècle, lorsque l’idée républicaine était semée par les agents de  l’étranger pour nous affaiblir et nous appauvrir, un chansonnier provençal faisait ainsi parler un vaurien fainéant et glouton des quais de Marseille : « Aujourd’hui chacun fait de la politique. Je ne m’en mêle pas, je n’y comprends rien. Mais si, en faisant la République, le pauvre avait toujours de l’argent ; si, sans travailler, il avait toute l’année bon vin, bon lit, bon ragoût, bon pain blanc, je dirais vite : — Donnez-moi un fusil, écrasons les rois, t… de D…, et que la République dure, je suis le premier de ses ruffians. » La République est faite. Elle a trompé jusqu’aux fainéants qui ont pris le fusil pour elle. Nous appelons aussi aux armes, mais non les fainéants : les bons travailleurs. Nous ne pouvons pas les appeler au nom d’un intérêt particulier. Notre appel ne se justifie qu’au nom d’un intérêt supérieur à tous, où chacun du reste a sa part, eux comme nous, nous autant qu’eux : l’intérêt du travail, l’intérêt de la société et de la nation.

La nation passe avant tous les groupes de la nation. La défense du tout s’impose d’abord aux parties. Voilà le principe évident. Nos amis Vaugeois et Daudet, comme le maître illustre qui a bien voulu appuyer notre effort nouveau, auraient le plus grand tort de m’attribuer l’invention de ces idées simples qui sont à la portée de tout homme sensé, réfléchissant un peu sur l’état de la France. Elles sont dignes de M. de la Palisse. Elles n’en sont pas moins la formule du bien de tous.

Charles Maurras via Maurras.net

[Courrier des lecteurs] Ouvrages de Charles Maurras, 1924-1939‏

Charles Maurras
Charles Maurras

Actualité de Charles Maurras

Charles Maurras. Son œuvre rééditée (ouvrages, de 1925 à 1939)

Notre site « Maurras actuel – Actualité de Charles Maurras«  ( http://www.maurras-actuel.com ) vient de mettre en ligne la troisième page « Ouvrages » de la section « Charles Maurras. Son œuvre rééditée ».

Pour la période 1925-1939, 39 ouvrages sont réédités et disponibles (en ‘papier’ ou en numérique) ; 13 ouvrages n’ont bénéficié que d’une réédition partielle (de quelques textes à une partie conséquente de l’ouvrage) ; et 35 ouvrages restent indisponibles.

À partir de cette date, les rééditions numériques deviennent majoritaires. Les quelques éditions ‘papier’ venant soit de pays non adhérents de la convention de Berne, soit d’éditeurs militants ou sympathisants. Reste un seul et unique livre publié par un éditeur français.

Bilan toujours positif, malgré tout, puisque plus de 20 ouvrages majeurs de Maurras sont disponibles pour cette période.

Le 9 août 1914

Charles Maurras
Charles Maurras

Maurras n’a pas recueilli dans Les Conditions de la victoire ses articles des 7 et 8 août 1914. Dans son article du 9, il revient sur l’affaire Maggi, que nous avions évoquée en présentant l’article du 3 août.

Pujo aussi y revient avec insistance dans ces journées. La suite prouvera que cette histoire relève de l’espionnite qui se donnait alors libre cours à l’occasion de la déclaration de guerre, parfois à raison mais le plus souvent à tort.

Mais pourquoi y revenir ? Il faut bien entendu faire la part le l’effet d’entraînement : ce ne sont pas les obsessions de Daudet qui s’exprimeraient dans L’Action française car tous les journaux du moment parlent de cette affaire, jusqu’au très sérieux Temps, ancêtre du Monde.

On peut aussi supposer que l’AF aurait été dans une situation délicate si ses membres étaient apparus comme les principaux attaquants des boutiques Maggi, d’autant que le pillage pur et simple prenait facilement prétexte de motifs patriotiques.

Mais tout cela paraît bien mince. Devant tant d’insistance, il faut prendre au sérieux les appels au calme de Pujo et de Maurras : c’est l’autorité qui doit s’exercer en temps de guerre. L’autorité légitime peut-on dire, car même si Maurras n’emploie pas le terme, c’est bien ce concept qu’il vise.

Autorité légitime ? celle de la République ! Maurras aurait sans doute répondu que c’était avant tout celle de l’armée qu’il appelait de ses vœux. Mais nous touchons-là, une fois de plus en cet été 1914, au problème de l’Union sacrée : malgré les arguments de Maurras, même sur un sujet aussi mince que les boutiques Maggi, ses constructions théoriques achoppent : l’autorité qu’il enjoint à ses troupes de respecter, malgré toutes les subtilités d’exposé et de pensée, c’est celle d’un régime que Maurras prétend illégitime.

On sait que ni Maurras ni l’AF ne sortiront jamais vraiment de cette difficulté de l’été 1914, même si la fin de la guerre et du péril imminent permettra d’évacuer la question, qui ne se posera plus en ces termes jusqu’en 1939. Cela n’empêchera pas les critiques, elles durent encore.

Source de l’article : Maurras.net

Maurras, Drumont….et Podalydès

Charles Maurras
Charles Maurras

Un article relativement passé aux oubliettes télévisuelles (et on comprend pourquoi) revenait sur le documentaire-fiction présenté par la chaîne France 2 sur Edouard Drumont « le Pape de l’Antisémitisme » et présentait les avis du réalisateur, Emmanuel Bourdieu, et l’acteur principal Denis Podalydès. Or, dans cet article, les deux comparses se complaisent en inepties et insultes gratuites, Drumont n’étant malheureusement plus là pour se défendre….ce qui en dit long sur la qualité des diatribes qui le visent.

« Une crevure, un homme de lettres mais profondément raté et profondément petit, un personnage antipathique, médiocre, sûrement d’une intelligence moyenne ». L’argumentaire de Podalydès est visiblement aussi creux que son interprétation, si peu inspirée, de Drumont. Car s’il est évident que leurs idées divergent, vouloir descendre un adversaire politique, en son absence, par de simples insultes et non par un argumentaire fondé et construit relève de l’absurdité flagrante. Mais encore une fois, passons et laissons cet individu à ses tristes arguties…

La phrase la plus révélatrice de l’état d’esprit des deux comparses est tirée de l’interview du réalisateur, Emmanuel Bourdieu : « Personne ne le connaît à part deux-trois allumés d’extrême droite qui doivent le vénérer et aller sur sa tombe au Père Lachaise, il a pourtant posé les  bases du fascisme français, de Vichy où on a retrouvé des disciples directs de Drumont, comme Charles Maurras« .

Véritable contre-sens pour tout observateur politique qui se respecte ! Dès que l’on daigne lire ne serait que l’Enquête sur la Monarchie de Charles Maurras, on se rend évidemment compte que l’antisémitisme n’est nullement pivot de la pensée royaliste, contrairement à celle d’Edouard Drumont. La plus belle réponse à ce type d’erreur historique et politique a été rédigée il y a quelques temps sur le site du Centre Royaliste d’Action Française :

Maurras, contrairement à Bernanos, ne fut jamais un véritable disciple de Drumont, dont l’antisémitisme est notamment hérité de l’extrême-gauche républicaine. S’il reconnut Drumont comme un maître, sans jamais appartenir à La Libre Parole, ce fut dans la dénonciation du règne de l’argent. Mais alors que Drumont se focalise sur les juifs dans la dénonciation de ce que le duc d’Orléans appelle à l’époque « la fortune anonyme et vagabonde », Maurras insère sa dénonciation dans la théorie des quatre Etats confédérés – Francs maçons, juifs, protestants et métèques – qui est avant tout un anticommunautarisme et un refus de la constitution d’états dans l’Etat plus forts que l’intérêt général. A aucun moment, Maurras ne tombe dans un antisémitisme de peau, racial, rappelant au plus fort de la Seconde guerre mondiale, face aux exigences nazies, qu’il avait prévues et dénoncées par avance, qu’il ne voulait pas qu’on s’en prît ni aux personnes ni aux biens des juifs.

De fait, contrairement à une œuvre comme celle de Drumont, qui s’écroule si on en retire l’antisémitisme, celui-ci n’a jamais occupé la place centrale dans la pensée de Charles Maurras : aussi peut-il avantageusement être lu en dehors de cet héritage mort.

L’abandon de l’antisémitisme ne remet donc pas en cause la cohérence de la doctrine d’Action française.

A l’avenir, il serait bon que les comédiens et réalisateurs fassent comme tout à chacun : avant de parler histoires et politiques, avant de jouer avec les préjugés et les mensonges historiques, ils devraient prendre leur courage à deux mains en lisant eux-mêmes les auteurs si honteusement foulés aux pieds comme Charles Maurras. S’ils ne rejoignent pas les rangs d’Action Française, ils en sortiraient au moins intellectuellement grandis et gagneraient assurément en pertinence politique.

Nous rappelons enfin aux deux comparses que l’URBVM a mis en place une bibliothèque complète de textes d’Action Française, et nous les invitons à en prendre connaissance, aussi rapidement que possible d’ailleurs.