Le maître du nationalisme intégral

La voilà ! La première biographie historique de l’auteur de L’enquête sur la monarchie, qui exerça une influence si importante aussi bien sur des intellectuels que sur une partie de la jeunesse, mais qui finira condamné pour « intelligence avec l’ennemi ». « Historique » en effet, en non pas seulement « littéraire », ou « politique » comme ont pu l’être trop souvent la plupart des textes antérieurs.

Après avoir évoqué une jeunesse marquée par le deuil et la découverte de la surdité, Olivier Dard nous fait découvrir le jeune poète, le critique littéraire, qui « glisse » en quelque sorte peu à peu vers la politique dans les années 1880-1890. Il rappelle l’influence boulangiste, mais surtout l’appartenance au félibrige, où nait progressivement l’idée du « pays réel », du fédéralisme, avec de véritables hymnes à la Provence, à la Méditerranée et au soleil. L’appel à la monarchie, le retour à l’Eglise, la notion si importante « d’harmonie » (qui ose encore parler « d’harmonie » en politique ?) se dessinent au fil des aventures de presse, de La Cocarde à L’Action Française. On croise Barrès, Sorel, Bainville, Dimier, Sangnier, Daudet, Pujo, plus tard Gustave Hervé, Maritain, Massis, Boutang enfin, et d’autres, et l’on apprend que le café de Flore est alors quasiment son quartier général ! Les choses changent… Olivier Dard revient longuement sur le rapport entre nationalisme français et religion chez Maurras (« Je suis Romain parce que si mes pères n’avaient pas été Romains comme je le suis, la première invasion barbare, entre le Ve et le Xe siècle, aurait fait aujourd’hui de moi une espèce d’Allemand ou de Norvégien. Je suis Romain, parce que n’était pas ma romanité tutélaire, la seconde invasion barbare, qui eut lieu au XVIe siècle, l’invasion protestante, aurait tiré de moi une espèce de Suisse …. Je suis Romain par tout le positif de mon être … Je suis Romain, je suis humain : deux propositions identiques »). Maurras revendique cet héritage provençal, catholique et français, au point de devenir « un adversaire résolu de la modernité ». La Première Guerre mondiale le voit développer une conception personnelle de « l’Union sacrée », au titre de la défense de la nation mais sans renoncer au débat d’idées. L’après guerre est marqué par l’amertume, puisque le sacrifice de tous ces morts ne donne pas pour autant une paix véritable et qu’aussitôt recommencent les débats politiques et les joutes intellectuelles. Les échecs électoraux et la condamnation par le Saint-Siège en 1924-1926 marquent durablement le mouvement, mais le journal d’Action Française poursuit sa route et Maurras, durant les années 1920-1930 semble marqué par ce paradoxe d’un magistère intellectuel (il entre à l’Académie française) mais d’une impuissance politique.

La suite dans le site Guerres et Conflits via le CRAF

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