Suite au Cercle d’Etudes (3/5) : Bainville, l’historien de génie…

« On n’a guère connu d’intelligence variée, souple, étendue comme celle de Jacques Bainville »1

Jacques Bainville

Venant de l’illustre écrivain Charles Maurras, ce compliment résume à lui seule toute la personnalité particulière de Jacques Bainville. Enfant de ce XIX°Siècle qu’il qualifiait lui-même de « vieil utopiste », Bainville marquera le début du XX°Siècle de son sceau, de cette intelligence vive et pluridisciplinaire qui caractérise les génies. Ignoré par les jeunes générations françaises, cloué au pilori par une bienpensance qu’il exécrait de son vivant, il convient donc de rendre aujourd’hui un vibrant hommage à celui qui, comme disait François Mauriac, « avait fait de la conjecture une science exacte »…

Jacques Bainville naquit le 9 février 1879 près de Paris, dans cette ville de Vincennes qui portera, de son vivant, une rue à son nom. Il passa quelques années de sa jeunesse en Allemagne et découvrit Berlin sous l’empire de Guillaume II, et conserva ce sentiment particulier qui le marqua jusqu’à sa mort. Germanophile, germanophone et ashquatrien brillant, il consacra d’ailleurs son premier ouvrage à Louis II de Bavière en 1900, tout juste âgé de 21 ans.

C’est cette même année qu’il rencontre le provençal Charles Maurras au Café de Flore, café resté célèbre pour avoir vu à son premier étage la naissance de la Revue d’Action Française en 1899 : « Maurras le séduit autant par la qualité de sa critique littéraire que par la cohérence de sa doctrine, son empirisme et son absence de préjugé religieux. Convaincu de la supériorité du modèle politique allemand, Bainville est déjà gagné aux idées monarchistes. Il est l’un des premiers à répondre dans la Gazette de France à l’Enquête sur la monarchie. Avec Maurras, il collabore à la revue traditionaliste Minerva, fondée en 1902 par René-Marc Ferry, et enseigne les relations internationales à l’Institut d’Action française, tout en assurant nombre de chroniques dans le journal du mouvement : vie parlementaire, diplomatie, économie, bourse et même vie théâtrale, rien n’échappe à sa plume »2

Consacrant sa vie au journalisme, il écrivit dans de nombreux journaux célèbres : La Gazette de France, La Liberté, Le Petit Parisien, La Nation Belge, en sus bien sûr de sa chronique Politique Etrangère dans l’Action Française. Rédigeant deux éditoriaux quotidiens (l’Action Française et La Liberté), il rédige également près de 6 articles hebdomadaires.3 Et bien sûr, en parallèle, Bainville n’en n’oubliait sa passion dévorante pour cette matière qu’il aimait tant : l’Histoire. De 1907 à 1920, il publia pas moins de 9 ouvrages historiques dont 3 renommés : Bismarck et la France (1907), Histoire de deux peuples : la France et l’Empire allemand (1915) et surtout Les Conséquences Politiques de la Paix en 1920.

Dans ce dernier ouvrage, étudiant avec minutie le Traité de Versailles et en prenant comme axiome l’expérience historique, il détailla avec une étonnante précision les dramatiques évènements qui allaient mener à la Seconde Guerre, de l’annexion de l’Autriche par le Reich à la crise des Sudètes avec la Tchécoslovaquie en passant par le pacte germano-russe contre la Pologne. Cet axiome historique, il le détaillera en 1935 dans son ouvrage Les Dictateurs :

« Nous croyons toujours que tout est nouveau alors que nous refaisons les expériences que les hommes des autres siècles ont faites et nous repassons par les mêmes chemins qu’eux. »4

Il est d’ailleurs fort intéressant de voir l’étrange postérité de cet ouvrage de Bainville : longtemps ignoré par les dirigeants républicains, sa réédition de 1995 lui donne un second souffle et certains historiens actuels n’ont pas tari d’éloges dessus. Edouard Husson (Vice Chancelier des Universités de Paris) le qualifia même de « chef d’œuvre de l’analyse géopolitique »5.

Jacques Bainville, l'historien royaliste

 

Cette même année 1920, il fonde avec Henri Massis la Revue Universelle, dans le but de « Rassembler tout ce qui, dans le monde, prend parti contre la destruction, fortifier et étendre les relations entre les groupes dévoués à la cause de l’esprit ». Il lui donna ses lettres de noblesse, élevant cette revue au rang de référence intellectuelle de l’époque grâce à la qualité de ses contributeurs : Maurras, Jacques Maritain, Thierry Maulnier, Maurice Vaussard notamment.

Pendant la décennie qui suivit, Jacques Bainville ne cessa d’écrire. Ouvrages historiques nombreux, articles et écrits quasi-quotidiens : Bainville, travailleur consciencieux et courageux, ne cesse de rédiger et de poser sur le papier ses analyses et réflexions. Un de ses amis, rapporte Maurras, disait :

« Donnez-lui un journal, il l’écrira en entier, il en fera tout seul tous les articles, chaque matin, de bout en bout : la Politique intérieure, la Politique extérieure, les Chambres, la Bourse, le Marché, la Mode, le Théâtre, les Mots Croisés, sans oublier la Chronique locale et les Nouvelles à la main… »6

Jacques Bainville

Entre la publication de ses fameux contes moraux tels que Jaco et Lori (1927) ou Filiations (1923), entre ses écrits historiques tels que le Dix Huit Brumaire (1925) ou le fameux Histoire de France (1924), Jacques Bainville publiera près de 19 ouvrages en 10 ans. L’Histoire de France, et son pendant la Petite Histoire de France publiée en 1928, forment l’équivalent historique des Conséquences Politiques de la Paix : complet, clair et très détaillé, il analyse avec une grande acuité les évènements historiques de l’Histoire française et abat un grand nombre de préjugés. Jean Marc Varaut, Avocat à la Cour et membre de l’Institut de France, écrira même au début des années 2000: « Je dois à l’Histoire de France de Jacques Bainville l’amour presque minéral de la France. »7

Mais pendant toutes ces années, Bainville craindra du plus profond de son être d’avoir eu raison dans ses Conséquences Politiques de la Paix. Suivant avec attention les évènements allemands, il ne put voir qu’avec effroi l’avènement d’Adolf Hitler en 1933 et la confirmation de ses pires craintes. Utopiste pendant l’année 1933 (ce qui ne l’empêcha pas de publier son œuvre Histoire des peuples continuée jusqu’à Hitler), il espérait toujours une chimérique résurrection des Hohenzollern de Guillaume II qu’Hindenburg se serait empressé de remettre en place. Evidemment, il n’en fut rien…

Bainville fut dès le début un adversaire acharné du nazisme : dénonçant les premiers camps de la mort, il fustigea dès 1933 la folie meurtrière qu’il avait pu discerner dans Mein Kampf et adopte le point de vue de totalitarisme, celui-là même qui sera développé par Hannah Arendt quelques temps plus tard.

Si Bainville est souvent présenté comme pessimiste, l’on aisément atténuer ce trait de caractère en rappelant l’ingratitude du rôle de Cassandre politique, ce rôle même qu’il jouera malgré lui pendant 19 ans.8 Comme il l’écrit lui-même : « Il n’est pas toujours agréable d’avoir raison, soupirait ce Cassandre désabusé. Il est cruel, en particulier, d’avoir raison contre son pays. »9

Bainville s’éteindra d’un cancer qu’il savait incurable le 9 février 1936, quelques mois après avoir été reçu au 34°Fauteuil de l’Académie Française (25 mars 1935), prenant ainsi la place de Poincaré auprès des Immortels. Et Charles Maurras, son ami de plus de 35 ans, rendra cet hommage en quelques lignes :

« Etant comme Voltaire, attentif à tout ce qui se faisait ou se pensait de son temps, Bainville n’en oubliait rien, il savait apposer partout la vive signature de son esprit, avec une égalité de force et de lumière à laquelle le démon de Voltaire, dans une vie, hélas ! plus longue, n’a sans doute jamais atteint. »10

Pourtant, Bainville ne connu pas la postérité qu’il méritait amplement. Exécré pour ses positions politiques, haï pour la justesse de ses pensées et de ses prévisions, il a été complètement et injustement écarté de la pensée politique française, comme l’écrivait ici Jean Dutourd, de l’Académie Française :

« Jacques Bainville n’est pas seulement un historien de premier ordre, c’est aussi un écrivain considérable et l’un des plus grands esprits qu’il y ait eu en France pendant la première moitié du XXe siècle. La raison pour laquelle il est négligé aujourd’hui est strictement politique. Son sens de la réalité, son goût de la vérité historique, ses dons prophétiques font absolument horreur aux intellectuels français, européens et mondialistes. Bainville souffre du même ostracisme que Rivarol, par exemple, qui est depuis deux cents ans victime d’un complot républicain de silence. Ni Rivarol ni Bainville ne sont des écrivains pour époque bête. »

1 Charles Maurras, Entre Bainville et Baudelaire

2 Agnès CalluLettres à Charles Maurras: amitiés politiques, lettres autographes : 1898-1952, Presses Univ. Septentrion, 2008, 256 pages, p. 29

3 Jean Sévillia, Bainville, cet historien fut un prophète, Le Figaro, 25/11/2000

4 Jacques Bainville, les Dictateurs, 1935

5 Edouard Husson, J.Bainville et JM Keynes, deux analyses du Traité de Versailles

6 Charles Maurras, Entre Bainville et Baudelaire

7 Jean Sévillia, Bainville, cet historien fut un prophète, le Figaro, 25/11/2000

8 Christophe Dickès, l’Action Française 2000, Printemps 1999

9 Jean Sévillia, Bainville, cet historien fut un prophète, Le Figaro, 25/11/2000

10 Charles Maurras, Entre Bainville et Baudelaire

[Texte de la semaine] Les économistes prédisent ils l’avenir ?

Jacques Bainville
Jacques Bainville

Voici un texte qui n’a pas pris une ride… Et qu’il convient de relire aujourd’hui, en notre époque où la politique semble s’être abandonnée aux bons vouloirs des marchés et des vents économiques. S’il faut assurément prendre les indicateurs économiques au sérieux, il convient également de leur rendre leur juste place, comme le souligne admirablement bien l’auteur de l’Histoire de France.

À défaut de prévisions absolues, la science de l’économie politique permet au moins de rassembler les observations d’où il est possible de tirer des conclusions pratiques.

Nous ne dirons pas qu’il est de mode de railler les économistes parce que c’est une habitude déjà ancienne. Les hommes d’un certain âge n’ont certainement pas oublié, par exemple, les « scies » que le spirituel Alphonse Allais montait il y a bien un quart de siècle, à Paul Leroy-Beaulieu. Et il reste attaché à la mémoire de Paul Leroy-Beaulieu d’avoir dit qu’une guerre européenne ne pourrait pas durer plus de six mois parce qu’au bout de ce temps les ressources des belligérants seraient épuisées.

Je crois, en effet, mais je n’ai pas le texte sous les yeux, que Paul Leroy-Beaulieu a dit cela ou quelque chose d’approchant dans une préface à un gros ouvrage du pacifiste Jean de Bloch. Et il est certain que voilà le type de la prédiction fausse. Encore faudrait-il savoir si elle n’a pas été faite dans le louable dessein de détourner les gouver-nements de se jeter les uns contre les autres. Il faudrait savoir encore si Paul Leroy-Beaulieu ne voulait pas dire que les plus riches des puissances européennes, au bout de six mois, seraient obligées, pour pouvoir continuer la lutte, de s’endetter au delà de leurs moyens et de recourir au facile expédient du papier-monnaie, c’est-à-dire de se créer des ressources fictives, leurs ressources réelles étant épuisées.

Telle était, sans doute, la pensée technique et non plus morale de Paul Leroy-Beaulieu, car on trouve, dans son Traité de la science des finances, la description exacte des phénomènes financiers qui se pro-duisent pendant et après les grandes guerres. Il aurait fallu lire de près en 1914, tout son chapitre du cours forcé pour deviner ce qui allait se passer en Europe et jeter un coup d’oeil profond sur l’avenir. Il écrivait ainsi : « Quand un État, dans un moment de danger, fait de nombreux emprunts à une banque, c’est pour avoir des ressources immédiatement disponibles… Voilà pourquoi chez les peuples modernes, dès qu’une grande guerre éclate, il est bien probable qu’on recourra à de grands emprunts faits aux banques nationales, et que l’on sera conduit à établir le cours forcé des billets. »

Parlant de la guerre russo-turque, l’auteur du Traité de la science des finances disait encore que, de 1816 à 1878, la Russie avait retiré moitié autant des émissions de papier-monnaie que des emprunts. Et il ajoutait : « Cette guerre a prouvé – ce que devinaient les esprits perspicaces et réfléchis – qu’un peuple peut longtemps soutenir une grande lutte malgré que ses finances soient en désarroi. Il importe seulement que cette guerre soit populaire et que le peuple ait l’esprit de sacrifice… En outre, une population qui est depuis longtemps habituée au papier-monnaie… supporte beaucoup plus aisément qu’une autre un accroissement des émissions de papier. Or, tel était le cas de la Russie ; le peuple ne voyait rien de changé dans sa manière de vivre, de payer ou d’acheter, si ce n’est qu’il y avait un peu plus de moyens d’échange, ce qui ne lui déplaisait pas. La baisse du rouble se faisait beaucoup moins sentir à l’intérieur du pays qu’à l’étranger ; les commerçants et les banquiers s’en apercevaient, mais le menu peuple n’y prenait pas garde. Les denrées ordinaires étaient fort loin, du moins pendant les premiers temps, de subir un renchérissement qui fût proportionnel à la baisse du rouble… »

Nous avons coupé une phrase où il est dit que les Russes d’alors, n’ayant presque jamais vu d’espèces métalliques, n’avaient pas eu de peine à s’accoutumer à l’abondance du papier-monnaie. Mais la confiance inébranlable, et appuyée sur près de quatre générations, qu’avaient les Français dans les billets de la banque de France, n’a-t-elle pas rempli exactement le même rôle psychologique ?

Chez les économistes classiques, très fortement pénétrés d’idéalisme moral, c’était d’ailleurs un pont aux ânes que l’emprunt (et l’inflation n’est qu’une forme hypocrite de l’emprunt) est particulièrement immoral parce qu’il rend possible cette autre chose immonde qui est la guerre. Adam Smith a écrit sur ce thème une page célèbre de la ri-chesse des nations, reprise et développée par Gladstone à la Chambre des communes, en ces termes : « Les frais de la guerre sont le frein moral que le Tout-Puissant impose à l’ambition et à la soif de conquêtes inhérentes à tant de nations. »

Paul Leroy-Beaulieu traduisait ce mysticisme pratique lorsqu’il montrait les conséquences fatales du cours forcé. Et là, cet économiste cesse tout à fait d’être ridicule, on aurait gagné à l’écouter, car il dit exactement ce que nous avons vu de nos yeux et ce que nous voyons encore. La formule est frappante ; « On sait bien quand on entre dans le cours forcé, mais on ne sait jamais quand on en sort ; l’expérience prouve qu’il est bien rare qu’un peuple qui a eu recours à cette mesure en temps de crise puisse revenir à la circulation métallique avant sept ou huit ans, quelquefois même quinze ou vingt ans. »

L’expérience : voilà le grand mot et le vrai maître. En vertu de l’expérience et de l’observation, Paul Leroy-Beaulieu énonçait une remarque essentielle qui aurait permis à beaucoup de personnes de ne pas perdre d’argent, et même d’en gagner, si elle avait été connue, méditée et mise en pratique en temps utile : « La plupart des hommes se trompent sur le moment où les embarras financiers deviennent presque intolérables et sont pour un pays une grande cause de faiblesse. Ce moment n’est jamais le début d’une guerre ; il ne se rencontre même pas, d’ordinaire, pendant la durée de la lutte ; c’est après la paix, lors de la liquidation des dépenses de guerre et du retour à la vie régulière et civile, c’est alors seulement que l’on s’aperçoit qu’on est sans ressources et qu’on se trouve réduit aux expédients… C’est alors que les maux de la guerre se font sentir et deviennent cuisants ; c’est alors aussi que le trouble économique se montre dans toute sa gravité et toutes ses probabilités de durée. »

Très beau texte qui s’applique avec une justesse extraordinaire à notre époque.

Il prouve combien il est futile de prétendre que les économistes ne prévoient rien et se trompent toujours. Les économistes ne prédisent pas l’avenir comme les pythonisses. Mais on peut tirer de leurs observations des déductions exactes, nous dirons même profitables et monnayables. Encore faut-il savoir les lire !

Le Capital, 29 décembre 1927

Sur « Comment finissent les régimes parlementaires » de Jacques Bainville

Jacques Bainville
Jacques Bainville

Il est, au sein de la cause royaliste, un malheureux travers qui, un jour ou l’autre, peut prendre n’importe quel défenseur de la pensée monarchiste : celui du défaitisme, du pessimisme résigné face à l’ampleur de la tâche et l’apparente force qu’arbore le régime républicain. Ce pessimisme, toujours vertement condamné politiquement par le penseur Charles Maurras, le fut également historiquement par Jacques Bainville, comme nous le montre admirablement bien cet article.

« On y verrait combien il est facile de renverser un gouvernement, surtout quand ce gouvernement se considère déjà comme incapable de durer. Goethe disait qu’on ne meurt que quand on veut bien mourir, autrement dit quand nous avons perdu cette volonté de vivre qui est le ressort de l’existence. C’est encore bien plus vrai des régimes que des hommes.« 

L’article dans sa globalité traite de cette incapacité à durer, intrinsèque au régime républicain et parlementaire, que l’Histoire nous montre. Par de simples souvenirs comme par la grande étude historique, par l’Histoire comme par les histoires, Jacques Bainville démontre cette inconstance, cette véritable instabilité de la république. Même par une reformation intellectuelle de la jeunesse, même par la force des baïonnettes, même par l’assise législative qu’elle impose, la république parlementaire prépare elle-même le terrain, par son incompétence, à un futur coup d’état qu’un Bonaparte, n’importe lequel d’ailleurs, s’empressera de commettre.

Les révolutions et les coups d’état s’enchaînent et se ressemblent terriblement. Des années 1850 à l’éclatement complet et total du III°Empire, seule l’instabilité politique semble triompher… Ce qui, à n’en pas douter, influencera grandement la vision populaire de la chose publique : comme le souligne Bainville par la mise en lumière de certains passages de l’Education Sentimentale, c’est bel et bien les prémices de l’actuelle fracture entre l’oligarchie gouvernante et le peuple qui semble se dessiner. Faut-il y voir d’ailleurs autre chose dans les rocambolesques instants qui précédèrent l’avènement de la III°république, dans cette journée du 4 Septembre où seul le prestige de Gambetta suffit à maintenir un semblant de cohérence ?

S’il y a une leçon à retenir de ce texte, elle se trouve indubitablement dans la conclusion : « Le régime des Assemblées est un régime détestable. Le bon peuple de France accueille toujours sa chute par des explosions de joie. Mais, lorsque c’est l’Empire qui s’implante à la place de la République, le résultat est aussi mauvais. L’autorité a du bon, mais l’autorité de tout le monde n’est pas bonne. Alors il ne reste plus, en fait de gouvernement autoritaire, qu’à opter pour la Monarchie…« 

La faiblesse politique et l’ineptie législative que supposent les régimes parlementaires ne font que préposer aux soulèvements autoritaires des Empires. Centralisateurs, ces archétypes césaristes n’ont pas les éminents résultats que l’on pourrait supposer : l’écrasement des libertés populaires et l’autoritarisme sans bornes ne mènent des ruines qu’au désastre. « L’autorité de tout le monde n’est pas bonne » : parce que cette autorité monarchique s’appuie sur une décentralisation politique, respectueuse des libertés populaires ; parce que cette autorité monarchique suppose un lien privilégié entre le Roi et son peuple, entre le gouvernant et les gouvernés, les destins étant indubitablement liés ; enfin, parce que cette autorité monarchique est intrinsèquement liée à une stabilité politique et législative, un courage réformateur et une constance législative, l’avènement monarchique est et doit rester une espérance logique que tout bon français peut avoir pour sa patrie.

Le pessimisme politique ne peut avoir de prise pour le français qui connaît son Histoire : l’apparente puissance républicaine repose d’abord et avant sur la reformation quasi-systématique de l’intellect des jeunes générations françaises, ignorantes de leur propre Histoire Nationale et politiquement désintéressées, voire amorphes. A nous royalistes, d’oeuvrer quotidiennement contre cette ineptie républicaine, et notamment en sensibilisant les jeunes français aux leçons historiques et politiques de l’Histoire de France.

Texte de la semaine : J.Bainville, Comment finissent les régimes parlementaires….

Jacques Bainville
Jacques Bainville

Voici un magnifique texte de J.Bainville dans l’Almanach d’Action Française, à redécouvrir sans modération ! Un commentaire de texte sera produit dans le courant de la semaine.

Il faudrait que l’histoire dé nos diverses révolutions au XIX° siècle fût écrite par un homme de savoir et d’esprit. On y verrait combien il est facile de renverser un gouvernement, surtout quand ce gouvernement se considère déjà comme incapable de durer. Goethe disait qu’on ne meurt que quand on veut bien mourir, autrement dit quand nous avons perdu cette volonté de vivre qui est le ressort de l’existence. C’est encore bien plus vrai des régimes que des hommes. Le petit livre que nous souhaitions tout à l’heure montrerait qu’aucun des gouvernements qui se sont effondrés au XIXe siècle ne s’est sérieusement défendu.

 Je possède de précieux souvenirs de famille sur le Deux-Décembre. Par une heureuse fortune, j’en possède aussi sur le 18 Brumaire. Ces souvenirs ne feront pas une révolution dans la manière d’écrire l’histoire, mais ils sont bien intéressants tout de même.Une arrière-grand’mère que je n’ai jamais connue habitait Saint-Cloud au moment où les grenadiers de Bonaparte envahirent la salle où étaient assemblés les Cinq Cents. Il paraît que ce fut « une belle débandade. Qui par les couloirs, qui par les fenêtres, les parlementaires de l’an VIII s’étaient enfuis dans toutes ‘les directions en voyant apparaître les baïonnettes dans le « temple des lois ». Ils avaient même fui d’une course si éperdue que les pelouses de Saint-Cloud étaient semées d’écharpes et de chapeaux à plumes : car les Cinq Cents avaient un magnifique uniforme.

Mon arrière-grand-mère, comme tous les Français et toutes les Françaises de son temps, fût très joyeuse en apprenant que le règne des bavards était fini. Elle alla voir les fenêtres par où les législateurs avaient si bien sauté. Et elle vit que le bon peuple s’amusait à ramasser les écharpes et les somptueux bicornes que les fuyards avaient abandonnés. On les donnait aux enfants qui les attachaient à la queue des chiens.

Cependant, quinze ans plus lard, c’était l’invasion. Les cosaques entrèrent dans nôtre pays et ce furent de grandes souffrances. Quand on avait pu rompre le pain sans alarmes, on se félicitait de son bonheur et l’on disait à la fin du repas avec soulagement : « Encore un que les Prussiens n’auront pas ». L’enthousiasme de Brumaire était loin et le nom de Napoléon était maudit.

Mais les années passèrent. Et le règne des bavards revint.

L’histoire de la seconde République peut servir d’exemple — un exemple dont la troisième s’est peut-être inspirée pour reculer la fatale échéance — en ce qu’elle présente un raccourci de l’histoire de toutes les démocraties.

Les débuts sont admirables, feux de joie, hymnes d’allégresse, arbres de la liberté, réconciliation de tous les citoyens et félicité universelle, On promet tout à tout le monde, mais c’est aux plus déshérités qu’on promet le plus. On chantait en mars, avril et mai 48 :

Chapeau bas devant la casquette,

A genoux devant l’ouvrier…

Continuer la lecture de « Texte de la semaine : J.Bainville, Comment finissent les régimes parlementaires…. »

La Nouvelle Revue Universelle : un nouveau départ

La Nouvelle Revue UniversellePour ceux qui connaissent la passionnante histoire de l’Action française, la Revue Universelle, son seul nom, évoque à la fois : le souvenir du héros de la Grande Guerre, Pierre Villard, qui, par un legs, à Charles Maurras,  d’un million de francs germinal, avait permis que cette revue fût fondée, en 1920, selon un projet que les dirigeants du mouvement d’Action française avaient formé au lendemain de la guerre; le souvenir de Jacques Bainville qui la dirigea, avec le génie qui était le sien, jusqu’à sa disparition, en 1936, et d’Henri Massis qui en était le rédacteur en chef; enfin le souvenir, le rappel des objectifs même que la Revue Universelle s’était fixés et qui restent, aujourd’hui, parfaitement actuels : « Rassembler tout ce qui, dans le monde, prend parti contre la destruction, fortifier et étendre les relations entre les groupes dévoués à la cause de l’esprit ».

Or, les abonnés d’aujourd’hui à ce qui est devenu, dans ce même esprit, la Nouvelle Revue Universelle, ont reçu, ces jours-ci, la livraison du 3ème trimestre 2012 et ils y auront remarqué les signes d’un nouveau départ, d’une novelle dynamique, dont ils ne manqueront pas de penser qu’il y a là un motif d’intérêt accru, d’attention plus soutenue, pour les futures publications de la revue. 

Christian Franchet d’Espèrey en devient le rédacteur en chef, après la disparition de Xavier Walter, et, tout aussitôt, il en redessine le cadre, l’orientation : la « crise – qui n’en finit pas de ne pas finir – n’est plus niée par personne, mais ses causes profondes continuent de l’être. L’éventualité, la vraisemblance, l’imminence d’évènements graves, voire dramatique, sont devant nous, mais, comme les « aveugles » de Bruegel, les Français marchent en se soutenant par l’épaule, espérant, sans y croire, que l’aveugle de tête sait où il va. La vérité c’est que nous vivons une veillée d’armes. » 

Mais si nous comprenons bien, aux côtés du rédacteur en chef, la Revue Universelle, a, désormais, un responsable, un inspirateur éditorial qui sera Antoine de Crémiers, que, bien-sûr, les lecteurs de Lafautearousseau connaissent bien et, d’ores et déjà, dans cette dernière livraison de la revue, il fixe un cap : « si l’on veut éviter l’alternative du diable qui nous propose soit l’ordre glacé de la finance internationale et du meilleur des mondes, soit la guerre civile résultant logiquement de la dissolution des sociétés, nous devons lancer un « appel à l’intelligence », en faire le pari, pour une « disputaio », dont la Nouvelle Revue Universelle devrait être un lieu privilégié. » Il s’agira, donc, d’une redynamisation rédactionnelle mais aussi, au sens large, intellectuelle et politique.

Tout est à lire dans cette dernière livraison de la Revue Universelle. Nous ne signalerons que trois articles, sans négliger les autres : celui de Jean-Pierre Péroncel-Hugoz, « Journal d’un royaliste au Maroc », un journaliste qui se souvient d’avoir souvent assisté au Rassemblement des Baux de Provence; celui, toujours excellent, de François Reloujac, « La tyrannie de la concurrence, dans un marché que l’on prétend libre »; enfin, celui, remarquable, tout à fait pertinent, lucide et novateur, d’Alain Bourrit, « Sur la démocratie ». Ce dernier, les lecteurs de Lafautearousseau, les participants à nos Cafés Politiques de Marseille, le connaissent bien aussi et l’apprécient.  

Nous n’en dirons pas plus. Simplement, on l’aura compris, nous conseillons de lire la Nouvelle Revue Universelle et de s’y abonner.       

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Merci à la Faute à Rousseau pour ce très bon résumé et l’URBVM conseille également à ses lecteurs de s’abonner à la NRU

L’Histoire de France de Jacques Bainville

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L’Action française avait son maître à penser, Charles Maurras, son orateur, Léon Daudet, mais également son historien, Jacques Bainville. Ce dernier, élu à l’Académie française le 25 mars 1935, était le défenseur d’une France pré-révolutionnaire, autoritaire et spirituelle.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Bainville n’est pas un apologète de la République. Dans son Histoire de France, il montre en quoi l’avènement de la République correspond au déclin de la nation française mais aussi à la mort de la spiritualité. En bon historien réactionnaire, Bainville décrit la grandeur d’une France monarchiste et catholique, d’une France unit par l’autorité et la foi. Pour le penseur contre-révolutionnaire, l’histoire de France ne commence pas en 1789. L’esprit français prend sa source dans les premières monarchies : mérovingienne, carolingienne et capétienne. Aux yeux de Bainville, ce qui a fait la France, ce sont ses rois, les guerres européennes et le christianisme. La France est issue d’un processus historique long et complexe et non de la pensée révolutionnaire.

Chez Bainville, la critique de la Révolution française est décisive. Il est important pour lui de montrer que 1789 ne procède pas du succès d’un mouvement populaire mais bien plutôt d’une faiblesse ponctuelle de l’autorité monarchique. A ses yeux, la Révolution française est synonyme d’anarchie, de décadence et d’illusion. C’est un accident historique et non une aspiration universellement partagée. L’objectif de Bainville est de souligner les difficultés rencontrées pendant près d’un siècle par le modèle républicain. Loin de s’être imposée naturellement, loin d’avoir gagné en 1789, la République s’est définitivement constituée à la suite d’un grand nombre de bouleversements : le Consulat et l’Empire, la Restauration, la Monarchie de juillet, la deuxième République et le second Empire. Pour Bainville, l’avènement de la République, et de la démocratie qui l’accompagne, coïncide avec le déclin de l’esprit français et explique également la défaite de 1870 contre Bismarck. La conviction de l’historien est la suivante : le peuple français aime la monarchie car il a besoin d’autorité. Cette autorité, la République n’est pas en mesure de lui apporter.

Lire la suite de l’article du Centre Royaliste d’Action Française

Jacques Bainville

Citation du Weekend

Citation du Weekend, tiré de l’Histoire de deux peuples de Jacques Bainville, édition de 1916 :

«  Cette aptitude à profiter des leçons, à s’adapter aux évènements, caractérise l’oeuvre générale de la monarchie capétienne, qui a été la création de la France, le maintien et le développement des résultats acquis au cours de ce grand voyage, fécond en surprises toujours renouvelées, que forme l’Histoire d’un peuple tel que le nôtre. »

Monarchie Capétienne