Les français ne veulent plus de leurs élus

 Le sondage choc, titre Le Parisien. En effet, il y a de quoi s’émouvoir. Car l’enquête d’opinion réalisé par CSA et publié le 10 octobre dernier par le quotidien nous apprend que 78 % des Français pensent que les élus ignorent leurs problèmes, que 76 % n’ont pas confiance dans leurs élus et que 71 % ont une mauvaise image d’eux. Les médias ont fait un peu de mousse le jour même sur ce ce thèmeet sont passés à autre chose le lendemain. Quant aux hommes politiques, ils ont affiché pendant quelques heures une mine contrite et repris presque aussitot l’air heureux qu’ils arborent en permanence.

      Nul moins que nos lecteurs n’aura été surpris par les résultats de ce sondage. Depuis des années, nous annonçons l’inévitable raz de marée politique qui se profile à l’horizon. Les causes en sont évidentes. Les politiciens français ont ruiné notre pays à force de prélèvements sur les créateurs de richesses et d’emplois, et ce afin de satisfaire l’immense cohorte des paresseux qui a besoin de subventions publiques pour vivre confortablement. Et nos d関ou閟 閘us ne se sont pas oubliés au passage, devenant riches à mesure que les laborieux s’appauvrissaient. Telle est la formule du modèle social français.

      On peut ajouter qu’une organisation de ce type ne peut s’accommoder de ruptures politiques. C’est la raison pour laquelle la droite et la gauche font depuis trente ans la même politique, au point que l’opinion publique ne voit plus aucune différence entre eux.

       Saluons l’arrivée au club des éditorialistes lucides de Nicolas Sarkozy. Selon Le Canard enchainé?, le président de l’UMP a fait le 5 octobre dernier, devant le groupe parlementaire sénatorial de ce parti, la déclaration suivante : Je continue de considérer que s’ill n’y a pas de rupture nous serons tous balayés. Les Français ne veulent pas de cette alternance gauche-droite qu’ils connaissent depuis trente ans. Ils ont dit en 2002 à la présidentielle, puis en 2004 aux régionales et en 2005 au référendum, qu’ils voulaient que les choses changent en profondeur. Malheureusement pour la crédibilité de M. Sarkozy, à mesure qu’il avance ses propositions de rupture, on s’aperçoit qu’elles ne sont que mesurettes et poudre aux yeux, exactement comme les décisions que prend son rival M. de Villepin. M. Sarkozy est un homme de rupture à la manière de ce personnage de Shakespeare qui promettait de rugir comme un rossignol ! La conclusion logique de toutes ces palinodies est qu’avec les politiciens du système il n’y aura pas la moindre rupture et qu’ils seront tous balayés, comme le prévoit justement M. Sarkozy.

Un cocktail explosif

       Le sondage du Parisien nous apprend alement que 76 % des Français souhaitent qu’il y ait plus de grands débats politiques sur l’avenir de la société française, la place de la France dans le monde, la place de l’économie. Comme nul ne pense que les discussions à l’Assemblée nationale ou au Sénat soient dignes du moindre intérêt, c’est du côté des médias qu’il faut se tourner. Et là, c’est la désolation, la morne plaine, le Waterloo de la démocratie, le degré zéro de la dialectique. Ne parlons pas de la télévision et de la radio, qui ne donnent la parole qu’aux suppos du système et qui organisent des débats aussi drolatiques, pour qui a un peu d’humour et de souvenirs, que celui qui opposait Poiret et Serrault dans un de leurs meilleurs sketches et qui voyait les deux protagonistes d’une empoignade politique prendre, une fois le micro coupé, des nouvelles de leur famille respective et s’embrasser affectueusement. Mais ce qui n’était à l’époque qu’une charge de chansonniers est devenu aujourd’hui le fondement d’un système politique.

       Même la presse écrite est totalement verrouillée. Au point que quand un journaliste a l’idée saugrenue de donner la parole un opposant au système, ses collègues et sa direction lui demandent s’il n’est pas devenu fou ! Le blocage est si complet que les dernières fenêtres de la liberté d’expression se ferment les unes après les autres. C’est ainsi que Le Figaro, dont les pages « Opinions » s’ouvraient de temps à autre aux idées de liberté, vient de décider de réserver leurs colonnes, dans sa nouvelle formule, aux éditorialistes maison, qui pourraient parfaitement s’exprimer dans le corps du journal, ou des articles émanant uniquement de personnalités institutionnelles.

       Si l’on ajoute tout cela le mode de financement politique, qui distribue l’argent public aux partis en place et ne permet donc pas l’émergence de formations nouvelles, on obtient un cocktail qui n’attend plus qu’une étincelle pour exploser. Est-ce parce que les politiciens, les dirigeants des médias et les éditorialistes sont stupides qu’onn en est arrivé au point où la démocratie a disparu en France ? Evidemment pas. Ils sont tout simplement inconscients de ce qui se passe dans le pays parce qu’ils vivent autrement que le peuple. Ils ne se fréquentent qu’entre eux, ne croient que dans les mots et les formules qu’ils utilisent entre eux, ils passent leurs week-ends et leurs vacances entre eux, ne trompent leur femme ou leur mari qu’entre eux, leurs enfants vont dans les mêmes écoles et ne s’épousent qu’entre eux, bref ils constituent une nomenklatura qui n’a rien à envier à celle de feue l’union soviétique ou des déocraties populaires. Et surtout leur sentiment d’impunit est tel qu’ils sont intimement persuadés qu’il ne se produira jamais rien de facheux pour eux dans le pays dont ils ont si bien su s’emparer.

       Evidemment, ils se trompent. Les cimetières de l’histoire sont emplis de classes dirigeantes déchues à la suite de défaites militaires ou de crises économiques et sociales. Celle qui gouverne aujourd’hui la France y a sa place réservée. C’est pratiquement la dernière garantie qu’il lui reste.

                                                                               Claude Reichman

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