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La « Peste » Jacobine, par Pierre Rigolage

De 1793 à 1794, les jacobins, qui depuis trois ans, avaient tissé un véritable réseau dans toute la France, appliquèrent une politique d’exactions tout en distillant avec art l’insidieux venin de la désinformation.
Le jacobinisme malheureusement perdura après la liquidation de Robespierre.  Napoléon premier lui aussi contribua indirectement à brouiller les pistes avant que la 3° République ne lance son offensive générale avec ses anticléricaux de tous poils. De nos jours encore ce triste héritage prend la forme plus sournoise, mais toute aussi agressive de la destruction de la mémoire.
Au temps ou les crocodiles se dévoraient entre eux, bafouaient leur déclaration des droits de l’homme mal calquée sur le modèle américain et mettaient le royaume de France en coupe réglée, les ténors de la Révolution utilisèrent tous les moyens pour colporter les mérites de leur «chose publique» pâle expression de la «Res Publica» romaine dont ils étaient si friands. La première cible visée fut la jeunesse avec l’exemple du jeune Bara tué par de féroces Vendéens près de Jallais, en réalité par des voleurs de chevaux. David d’Angers contribuera à en faire un héros en le peignant tantôt déguisé en hussard avec un uniforme taillé sur mesure, tantôt en éphèbe entièrement nu. Il y aura la légende du vaisseau le Vengeur du peuple, ex Marseillois, coulé par les Anglais le 1° juin 1794, dont l’équipage aurait préféré couler après avoir cloué les trois couleurs au mât de misaine. Il y aura également les fameux soldats de l’an II, ces vaillants volontaires défenseurs de la patrie. En réalité des réquisitionnés s’engageant pour les primes, craints par les généraux pour leur indiscipline et leurs réclamations sans fin, et prêts à écharper leurs officiers. Ils se jetteront comme des charognards sur la Vendée pour piller sans vergogne, violer les filles et exterminer la race impure, rebelle et maudite.

Napoléon donnera un bon coup de pouce à ces falsifications de l’histoire au travers des nombreux mémorialistes qui rapportèrent ses propos en y mettant beaucoup de leurs opinions  personnelles (1). Rappelons que Bonaparte ne partit pas pour la Vendée simplement parce qu’il ne fut pas compris dans l’avancement des officiers généraux, et non parce qu’il craignait d’y voir flétrir ses lauriers (2). Dans les propos qui lui sont attribués, il flagorne les Vendéens dont il se méfiait: une guerre de géants ! A Saint-Florent, les vendéens furent des sylphes; Charette quoique indolent, avait du génie au même titre que Kléber,  le lion indomptable mais aussi l’endormi qui ne se réveillait que dans le besoin ou la nécessité (3). Ce même Kléber abandonné en Égypte par Bonaparte, qui, avec Marceau, aurait été économe du sang vendéen alors que les correspondances contemporaines prouvent le contraire.

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L’enseignement au service des jacobins
Viendra ensuite la 3° République qui mettra en oeuvre la grosse artillerie servie par ses hussards noirs dont l’objectif sera la jeunesse. Au bout du compte, leur enseignement sera si performant que les descendants des victimes érigeront des monuments à la mémoire des bourreaux de leurs aïeux et donneront aux rues les noms de Kléber, Marceau, Hoche et Travot. Les détracteurs de la belle Révolution populaire de 1789 sont attaqués par les historiens comme Lavisse et Aulard qui ne rougissent pas d’écrire que «les massacres de septembre auxquels la population parisienne demeura étrangère ne furent qu’une suite fatale de mesures nécessaires à la défense de la patrie nouvelle» (4).

Quant aux vendéens, ce n’étaient que des benêts soumis aveuglément aux nobles et aux prêtres qui se révoltèrent pour ne pas faire la guerre aux frontières. Dans leur obscurantisme outré, ils refusèrent d’accepter les bienfaits incommensurables de cette République qui voulait les convertir, la torche et le sabre à la main. Mieux encore ils se repaissaient du sang des vaillants défenseurs de la patrie accourus pour mettre à feu et à sang leur bocage. A cette époque ou sévit un anticléricalisme exacerbé, tout est bon pour détruire l’infâme. «Par la révolution, dans tous les siècles qui viendront et sur tous les points du globe, il faut entendre ce qui a été la visée essentielle de notre Révolution particulière, le règne logique, systématique et conscient de la pensée laïque ainsi définie, et même à ne la considérer qu’en France, la Révolution a devant elle un beau programme immédiat. Il faut qu’elle parachève la ruine politique de la religion qui usurpe dès qu’elle sort de la conscience» (5).

  Le discours tenu par ces républicains de la fin du 19° et du début du 20° siècle n’avait pas varié depuis les mémoires de Napoléon. Kléber et Marceau étaient toujours ces bons généraux qui tentèrent de sauver des malheureuses vendéennes (sic). Les instructions de Carnot rapportées dans un livre dont les pièces ont été fournies par son fils Hyppolite sont édifiantes: «la voie de la persuasion et des lumières est partout préférable à celle de la violence», mais elles sont datées de septembre 1795 (6). L’organisateur de la victoire avait complètement oublié sa lettre de février 1794 dans laquelle il approuvait les mesures du Turreau. Pour en finir avec la 3° République il est bon de souligner que Georges Clémenceau fit l’apologie des crimes de la Révolution en reconnaissant que «tout cela formait un bloc glorieux». Il avait sans doute retenu que ses ancêtres maternels, protestants de Mouilleron-en-Pareds, avaient leur revanche à prendre sur les catholiques qui les avaient persécutés

Aujourd’hui, le terrorisme intellectuel.
La tendance actuelle tend plutôt à édulcorer les évènements afin d’annihiler lentement mais sûrement leur mémoire. Ainsi au château de Nantes, l’exposition consacrée aux guerres de Vendée vise à gommer les exactions de Carrier en les présentant comme une juste réplique aux massacres des 542 républicains à Machecoul. Il n’est, bien sûr, pas question des massacres des royalistes aux Moulins Cornet le 24 août 1792, de ceux de septembre à Paris et de ceux de Pornic le 27 mars 1793. Les légendes des tableaux, les textes des bornes interactives, et le livre qui va avec, fourmillent d’inexactitudes: Charette aurait été le chef des insurgés à Machecoul, alors que les paysans de la Garnache n’iront le chercher que le 13 mars, et qu’il ne sera nommé général en chef que le 9 décembre 1793. Le tableau représentant l’exécution de la mère et des filles Vaz de Mello (orthographié Milio), est muet sur l’innocence de ces femmes guillotinées sans jugement. Les annotations relatives au tableau des noyades en présence de Carrier expliquent qu’elles forgèrent sa légende noire et celle de la Révolution, et reléguent en arrière plan les répressions iniques du représentant en mission.

Le livre prétend que l’armée de Mayence en septembre 1793 était commandée par Kléber alors que c’était Hannibal Aubert-Dubayet. La longue marche appelée Virée de Galerne fut également ponctuée par les victoires de la Croix-Bataille dans la nuit du 24 au 25 octobre; celle d’Entrammes le 26; celle de Craon le 28; celle de Fougères le 3 novembre; celle de Pontorson le 18 et celles de Dol et d’Antrain les 21, 22 et 23 novembre. Tous ceux qui auront le malheur de se rendre seront dirigés sur Nantes ou Angers ou ils seront massacrés indistinctement. Quant aux causes des évènements, elles sont attribuées uniquement au tirage au sort pour la conscription en passant sous silence la constitution civile du clergé.

Ce musée de Nantes semble être sous l’emprise d’un terrorisme intellectuel bien conforme à l’esprit jacobin car seuls sont exposés les livres de Jean-Clément Martin. Cependant, à y regarder de plus près, il y a des questions légitimes à se poser sur l’utilisation des sources, bases de toute étude historique. Ainsi, dans le chapitre 4 de «la Vendée et la Révolution» qui traite du cas de Turreau, cet historien réfute la responsabilité du général en chef dans les plans d’extermination car la validité des assertions «repose sur un appareil de notes de bas de pages» (7).

(1)   Las Cases, Montholon et Gourgaud.; (2)   AN, AF 202/1702/25. ; (3)   Commentaires de Napoléon, Pacification de la Vendée d’après le texte du général Montholon; (4)   Léopold Lacour, La Révolution française et ses détracteurs d’aujourd’hui, préface de A. Aulard, 1909, pages. (5)   Introduction de M. Louis Hayet, page XI dans le livre cité en note 4.(6)   Charles Mathiot, Lazare Carnot, Vie, Opinions et Pensées de l’Organisateur de la Victoire, Ernest Flammarion, Paris 1917, page 95.

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