Les martyrs de Laval

Courrier des lecteurs

  Précédant cinq Vendéens, 14 prêtres de Laval furent coupés en deux pendant la Terreur. Motif ? Leur attachement indéfectible à la religion catholique…

La Terreur

Place de la Trémoille, à la demande de l’association du Souvenir de la Chouannerie mayennaise, une plaque a été apposée en 1989 pour que personne n’oublie que, pendant la Terreur, quatorze prêtres ont perdu la vie à cause de l’intolérance des Révolutionnaires…

Agés, malades et infirmes

Ces quatorze Lavallois n’étaient pas des assassins ni des violeurs d’enfants. C’étaient des prêtres âgés et, pour la plupart, malades ou infirmes.

Depuis leur ordination, ils s’étaient voués à la prière, la piété, la visite aux malades, la générosité, le jeûne, l’instruction des enfants… Autant d’activités qui, a priori, ne mènent pas à l’échafaud.

Maximilien Robespierre

Oui, mais voilà, ce sont des prêtres «insermentés» et nous sommes en 1794, année où le pouvoir est détenu par un célibataire mal dans sa peau, qui déteste, pêle-mêle, l’amour, les femmes, les enfants. La vie, quoi ! Un monstre qui, lui aussi, finira en deux morceaux, Maximilien Robespierre.

Ce refus de prêter serment en 1791 à la constitution civile du Clergé, ces prêtres « droits dans leur bottes » l’ont payé cher : par d’innombrables vexations et, depuis 1793, un emprisonnement au Couvent de Patience.

Le roquet de Patience

Dans cet endroit inconfortable, ils n’ont droit qu’à deux heures de visite par mois. Les frères et soeurs, exclusivement. Et obligatoirement chaperonnés par le concierge du lieu.

Autant dire que ces prêtres ont tout perdu. Hormis l’estime de leurs paroissiens qui, les considérant comme les seuls prêtres légitimes (les jureurs n’ont pas eu de reconnaissance dans l’Ouest), leur apportent de quoi se sustenter chaque jour.

Le «Rasoir national» 

Le 13 décembre 1793, la guillotine arrive à Laval, à la porte du Tribunal révolutionnaire, de manière à éviter aux condamnés d’avoir à marcher longuement. (On ne sait jamais, la foule pourrait prendre leur parti !)

Le 21 janvier 1794, à 8h 30, formant un cortège émouvant (dix marchent péniblement et quatre sont dans une charrette), les quatorze hommes de Dieu franchissent le seuil du tribunal où ils vont être jugés par la Commission révolutionnaire…

Que de sang !

Etablie le 22 décembre 1793 pour un mois, cette Commission travaille en fait jusqu’au 1er avril 1794 et guillotine 359 hommes et 102 femmes. Après chaque verdict de mort, le président ajoutait : «La Commission ordonne que les condamnés soient livrés sur le champ au vengeur du peuple…»

L’accusateur public est un ancien prêtre apostat, Volcler, qui avait fait passer une circulaire en Mayenne commençant ainsi : «Citoyens, ils sont passés ces temps de modération et d’insouciance où vous laissâtes les ennemis de la patrie tranquillement vaquer sur le sol de la liberté. L’instant de la justice nationale est à l’ordre du jour pour faire tomber la hache sur la tête du traître et du parjure…»

Le sinistre Volcler

A ses anciens «confrères», Volcler demande de prêter le serment qu’ils ont déjà refusé. «Aidé de la grâce de Dieu, je ne salirai pas ma vieillesse», lui répond le Père Philppot, 78 ans.

D’après les témoins, Volcler va perdre de sa superbe devant le père Migoret, qui lui parle en ami : «Quoi, c’est toi Volcler qui demande ma mort ? Toi que j’ai accueilli dans ma maison, admis à ma table, que j’ai tendrement aimé…»

Une phrase sublime

La sentence de mort prononcée, Volcler menace le public : «Le premier qui va broncher ou pleurer marchera après eux !»

Une autre phrase restera, celle du Père Pellé qui, après avoir assisté stoïquement à la décapitation de plusieurs amis, dira avant la sienne : «Nous vous avons appris à vivre, apprenez de nous à mourir !»

Mgr Cesbron

Toute cette histoire est à la fois horrible (des innocents guillotinés, quelle tragédie !) et superbe (mourir pour ses «idéaux» sans faire de mal à une mouche, quelle classe !).

Avec le temps, elle va connaître encore trois grands épisodes. D’abord l’inhumation des 14 prêtres dans la basilique d’Avesnières, en 1816, puis la reconnaissance par Rome de leur martyr, en 1955. Le troisième épisode ? Cinq ans plus tôt, en 1950, la parution d’un livre qui permit de faire connaître cette histoire au plus grand nombre : Les Martyrs de Laval par Mgr Cesbron.

article de JC GRUAU‏

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