Sur la taxe sur les transactions financières

L’idée de réguler les spéculations boursières par la mise en place d’une taxe à caractère dissuasif n’est pas récente, Sarkozy n’ayant pas inventé le fil à couper le beurre. James Tobin, économiste américain de renom, avait déjà proposé cette idée en 1972, peu de temps après l’abandon de la parité or-dollar, qui avait ouvert la voie à un système moins régulé de changes flottants (définis par les accords de Jamaïque de 1976). Principalement due à la hausse des spéculations, l’instabilité excessive du marché monétaire international qui avait suivi interpella donc les économistes de l’époque sur les conséquences d’un libéralisme économique extrême.
Séduisante par son côté prohibitif et régulateur, la Taxe Tobin vient de revenir sur le tapis économique international, par les voix jointes de la France et de Bruxelles, suite à la flambée des prix des matières premières, celle-ci étant en grande partie due aux spéculations boursières à court terme. Pourtant, force est de constater que les pays d’Europe, à l’instar des économistes (notamment Paris Europlace) et des industriels, restent extrêmement divisés sur la mise en place de cette « TVA » sur les transactions financières.
Ainsi au début du mois de Juillet 2011, l’Italie avait abandonné l’idée d’instaurer une taxe de 0.15 %, et les partis allemands (notamment CDU/CSU) s’entredéchirent toujours sur cette question économique. La France, fer de lance de cette taxe Tobin, pousse néanmoins Bruxelles à agir en ce sens mais, comme l’a dit un diplomate européen au mois de juillet de l’année dernière : « Cette taxe doit être mondiale pour fonctionner »…

Ce qui est d’une logique implacable : si l’Europe taxe les transactions financières mais pas les Etats Unis ou l’Asie, il est évident que les banques européennes vont délocaliser dans ces pays et les fonds économiques également… C’est d’ailleurs cette raison qui pousse le Royaume Uni, un des plus gros centres bancaires de l’Europe, à tant de réserves sur une possible taxation européenne.

Jacques Bainville écrivait dans son livre Fortune de la France : « Plus on prétend interdire la spéculation et plus sa force est irrésistible. C’est comme s’asseoir sur le couvercle de la chaudière ». La versatilité et les difficiles mesures des transactions financières laissent apparaître l’impertinence d’une TVA mondiale, qui n’influerait quasiment pas les spéculations boursières mais deviendrait plutôt un frein aux échanges en général. En sus d’autres problèmes épineux tels que le respect du secret bancaire, la volatilité des cours, etc…

Proudhon estimait que « la spéculation exprime l’opinion, que l’on a appelée la reine du monde. Ainsi elle peut servir de guide et de correctif à ceux qui prétendent conduire les peuples », ce que Bainville corrigea plus tard en « La spéculation, juge les événements plus qu’elle ne les dirige ». Il n’est pas donc pas complètement infondé de réfléchir sur le lien entre la déliquescence morale de notre civilisation et sur sa propension à la spéculation, sa frénétique et égoïste quête de l’argent.

Jacques Bainville écrivait encore, s’appuyant sur Le Capital d’Antoine Blanc de Saint Bonnet : « Le capital représente des privations, des renoncements, en somme, de la vertu. À l’origine des fortunes, les plus grandes comme les plus modestes, il y a un effort moral ». C’est parce que notre société a oublié cet effort moral et cette vertu que les multiples réformes économiques, comme la Taxe Tobin,  restent inefficaces. Retrouver cette morale économique, cette vertu financière, replacer l’économie et le capital dans une optique économique naturelle, voilà quelques pistes qui pourraient éviter les spéculations anarchiques et les conséquences dramatiques qu’elles impliquent…

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