De l’intégrisme par Krespall

IntégrismeCet article est tiré du dernier numéro de Prospectives Royalistes de l’Ouest de Juillet-Août 2012.

L’on passe difficilement à côté des diverses œuvres potentiellement blasphématoires qui voient le jour un peu partout en Europe. Sur le Concept du Visage du Christ et Gólgota picnic en font partie et ont fait polémique dans les milieux catholiques. Sur le Concept du Visage du Christ, de Castellucci face au Dialogue des Carmélites de Bernanos. Gólgota picnic, de Rodrigo García face aux Compagnons de Jéhu d’Alexandre Dumas. Ces œuvres s’affrontent-elles ? Si l’on voulait répondre « politiquement correctement », si l’on peut dire, l’on commencerait très certainement par dire que les pièces de Castellucci et de García n’ont rien de choquant en ce qu’elles s’inscrivent dans un contexte de liberté d’expression et sans doute, après avoir assouvi sa curiosité quant au propos des autres œuvres, qualifierait-on Bernanos et Dumas d’écrivains intégristes, avec tout ce que le terme d’intégrisme peut comporter de négatif.

            Mais qu’est-ce que l’intégrisme ? Ce mot vient du latin integer, qui signifie « non touché, qui  n’a reçu aucune atteinte, non entamé, intact »[1], d’où, d’ailleurs, le sens du mot « intègre » qui, lui, possède assez étrangement un sens positif. Il suffit donc de lui ajouter ce suffixe -iste ou -isme pour qu’il devienne une insulte redoutable et qu’il revête un habit sombre et inquiétant. C’est ainsi que le Nouveau Petit Robert 2010 définit l’intégrisme : « Doctrine qui tend à maintenir la totalité d’un système (spécialement d’une religion). > conservatisme. Attitude de croyants qui refusent toute évolution. > fondamentalisme, traditionalisme. Contr. Progressisme. » Il semble que cette définition – qui fait pourtant rigueur puisqu’elle se trouve dans le dictionnaire – soit quelque peu légère, voire étrangement dénuée d’objectivité. Si l’Intégrisme est le contraire direct du Progressisme, on pourrait s’avouer fiers d’être intégristes, mais la chose est beaucoup plus délicate que cela, parce qu’une personne qui se dit progressiste peut très bien être intégriste dans son progressisme.

            Qu’est-ce qu’être intégriste ? Qu’est-ce que pratiquer l’intégrisme ? Vous me pardonnerez de m’éloigner de la question religieuse, parce que l’intégrisme, s’il est souvent assimilé à la question religieuse, ne concerne pas uniquement la religion. L’intégriste, religieux ou non, est celui qui se plie à des dogmes, à des règles, sans en comprendre le fonctionnement, sans saisir la raison pour laquelle on lui impose ces règles et qui les défend parce qu’on lui a demandé de les défendre corps et âme. Finalement, l’intégriste est celui qui ne réfléchit pas plus loin que ce qu’on lui a apprit à la base. Le seul contraire au mot « intégrisme » viable est le mot « liberté ». La Liberté d’esprit, la capacité de penser librement et de pouvoir tout remettre en question.

            Il n’est pas de mon ressort, généralement, de citer un penseur des Lumières, parce qu’ils sont, pour beaucoup, à la base des malheurs de la France. Cela dit, l’un d’eux a su se démarquer des autres en reprenant un concept déjà creusé par Montaigne, il s’agit bien sûr de Montesquieu, dans ses Lettres Persanes. Ce roman épistolaire dénonce le danger de la pensée unique, comme le faisait Montaigne dans son chapitre Des Cannibales extrait de ses Essais. Ces œuvres sont un appel à la tolérance, sans aucun doute, mais surtout un appel à la liberté de réflexion, à l’extension de l’esprit et à la compréhension de tout le genre humain. Montesquieu, et donc Montaigne avant lui, appellent également l’homme, l’être humain, à se poser une question fondamentale : pourquoi ?

            Cette question, on prend la peine de se la poser ou alors, on se la pose par nécessité. Le Royaliste catholique conservateur – et donc intégriste puisqu’il paraît que c’est un synonyme – se la pose parce qu’on lui demande toujours de se justifier. « Mais pourquoi êtes-vous royaliste ? Pourquoi êtes-vous catholique ? Pourquoi êtes-vous conservateur ? » Et le fait est que le Royaliste catholique conservateur sait répondre à toutes ces questions et comprend avec justesse et cœur le propos des œuvres de Dumas et de Bernanos.

            Les arguments d’un Castellucci ou d’un García à la question « Pourquoi s’attaquer à la religion catholique ? » ? Sans doute quelque chose de proche d’un « Pourquoi pas ? » bien placé qui ne témoigne pas réellement d’une réflexion propre, mais bien plutôt d’une envie de se servir, à son gré, de la Liberté d’expression, relançant alors la polémique autour des limites de la Liberté d’expression et de ce qu’est l’art.

            Alors, qui est le plus intégriste ? Celui qui apporte une nouvelle vision du monde, une réflexion sur le monde, ou celui qui ne veut pas démordre du fait que ces derniers sont intégristes parce qu’ils ne sont pas progressistes ? Et puis d’abord, pourquoi est-on républicain ? Pourquoi est-ce meilleur d’être républicain que d’être royaliste ? Questions à creuser…



[1]Dictionnaire latin-français, Félix Gaffiot

 

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