D’un reniement pour une frondeuse

D'un reniement pour une frondeuseCet article est issu du nouveau site de Prospectives Royalistes de l’Ouest :

D’aucune de nos jeunes têtes blondes françaises n’ignore la fameuse théorie de la distinction des trois pouvoirs, faussement attribuée d’ailleurs à l’unique Montesquieu, qui n’a fait que pousser les premières bases de réflexion posées par John Locke (1632-1704) et la théorie médiévale anglaise de la balance des pouvoirs. Ce qu’ils ne savent assurément pas, c’est que cette théorie distinctive n’induit pas forcément une séparation rigide de ces mêmes pouvoirs : seule la vision profondément nihiliste et dangereuse de révolutionnaires français pouvait la concevoir, notamment par la voix d’Emmanuel-Joseph Sieyès.

Carré de Malberg, juriste émérite du XIX°Siècle, soulignait lui-même l’impossibilité de cette séparation drastique des trois pouvoirs. Ainsi, deux écoles de pensées allaient se former sur cette séparation des pouvoirs : souple (Montesquieu) et rigide (Sieyès). Ces deux écoles, appliquées à la république française, tendaient à leur tour vers deux systèmes politiques : parlementaire (interdépendance et collaboration des pouvoirs) et présidentiel (indépendance des pouvoirs).

Il y a quelques mois, le candidat Hollande s’élançant vers l’Elysée, promettait dans son « engagement n°53 d’interdire les interventions gouvernementales dans les dossiers individuels », soulignant par là même sa volonté d’indépendance du pouvoir judiciaire par rapport au pouvoir exécutif. Or, l’hypoprésident et son fidèle cerbère Valls, viennent de se fendre de beaux courriers au Tribunal de Grande Instance de Paris pour prendre la défense de Mme Trierweiler dans son combat judiciaire contre les auteurs de l’ouvrage La Frondeuse.

Voici donc le reniement que devrait fustiger l’UMP, au lieu de s’attarder sur la simple promesse : c’est bien le reniement même d’une inflexion politique majeure pour une simple affaire judiciaire. Révélateur : de simples faits divers ont donc fait chavirer le frêle esquif socialiste, lui faisant ravaler ses ambitions comme un soufflet à l’outrecuidant. Le gouvernail politique n’est pas aussi solide que l’on pourrait l’escompter : à la moindre bise, les revirements et reniements semblent devenir réalités…

Mais là où les critiques de Jean François Copé et ses amis se révèlent stupides, c’est qu’elles se basent sur l’utopique séparation stricte des pouvoirs, dans la droite ligne de « l’intellectuel auto-proclamé » Sieyès. S’ils oublient volontairement les intrusions de l’hyperprésident dans les rouages judiciaires français, ils prennent comme référentiel critique un système utopique et irréaliste : Montesquieu lui-même n’avait il pas adopté comme meilleur type de régime politique pour une Monarchie modérée, où les pouvoirs étaient distincts mais travaillaient en étroite collaboration ?

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