L’intérêt général et les intérêts particuliers

Charles MaurrasDe Charles Maurras :

«  L’intérêt général est la somme des intérêts particuliers.  »

 C’était la thèse libérale au milieu du XIXe siècle. Il a fallu comprendre combien elle est fausse. L’intérêt général comprend la somme des intérêts particuliers. Mais ceux-ci sont très loin de suffir à le constituer.

 Il faut prendre le contre-pied de la sottise libérale et oser même dire que l’intérêt général peut comporter une soustraction faite aux intérêts particuliers les plus apparents.

 Cette soustraction ne se fait pas spontanément mais d’autorité. Les particuliers y consentent lorsque l’opération est faite ou qu’ils se voient contraints de la laisser faire. Un très petit nombre est capable d’apercevoir l’utilité des sacrifices consentis par les particuliers à l’État; un plus petit nombre encore voit les dangers de certains sacrifices consentis par l’État aux particuliers.

 La République joue de ces ignorances. Elle en jouit et elle en vit.

 L’intérêt général, qui est que la France vive moyennant quelques sacrifices imposés à tous, cet intérêt n’a point un organe vivant, une expression concrète, un pouvoir capable de l’imposer.

 On est prié de prendre garde à ce point qui, de tout temps, comporta une intervention de la souveraineté. Ce point, toujours le même, souvent à peine perceptible, mais très profond, qui s’élève sans cesse :

 1° entre les intérêts privés et l’intérêt général, à chaque instant donné de la vie d’un peuple;

 2° entre l’intérêt général à un instant donné et ce même intérêt général aux instants qui vont suivre.Ce double souci est justement appelé royal, car il est ordinairement réservé aux princes : souci du bien présent de tous les citoyens, souci de l’avenir pour ces citoyens et leurs enfants.

En République, qui peut l’avoir ?

Je ne crois, certes pas, que l’intérêt mène le monde, et je crois plutôt qu’il l’immobilise et le perd, mais il est évident que les atomes particuliers et particularistes dont se composent les masses du monde sont facilement entraînés et dévoyés dans la direction de leurs intérêts les plus aveuglément égoïstes.

Le désintéressement agit peu, sauf en quelques héros, qui priment et emportent tout.

L’intérêt pur guide souvent fort le mal.

L’art véritable du politique est de savoir discerner le point par lequel peuvent passer ensemble et coïncider la passion et le devoir, l’intérêt privé et l’intérêt national, afin de transformer les intérêts et les passions d’un chacun en serviteurs de l’utilité générale.

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