Pourquoi le FN fait-il peur ?

Il y a quelque chose de frappant dans l’inquiétude que répandent les performances sondagières de Marine Le Pen parmi les autres partis qui accaparent le paysage politique français. On dit beaucoup que le front National est une création machiavélique de François Mitterrand pour paralyser la droite : c’est à la fois vrai et insuffisant pour rendre compte du phénomène politique. Si en effet, Mitterrand a pu « lancer » Jean-Marie Le Pen  dans les années 80, il n’était pas capable plus qu’un autre de créer un courant politique ex nihilo ; il a utilisé, notamment en établissant un scrutin proportionnel pour les élections législatives de 1986, une poussée d’opinion qui s’était déjà manifestée lors des élections européennes précédentes ; d’ailleurs, l’expérience n’a duré que le temps d’une législature, puisque dès 1988, le scrutin majoritaire a été rétabli.

Le FN n’est donc pas une création artificielle, mais une authentique émanation d’opinions, de rejets, d’aspirations d’une partie d’ailleurs fluctuante et difficile à cerner, du corps électoral, à laquelle la forte personnalité de Jean-Marie Le Pen a su donner la forme d’un parti. Mais ce parti a ceci d’original qu’il vit et croît des médiocrités de tous les autres, et plus généralement de la perversité de notre système politique malade de la dictature institutionnelle des partis.

En effet, quelle fut la clé des succès de Jean-Marie Le Pen ? Outre son talent d’orateur nourri de culture classique, orné de gouaille et de réparties ravageuses (Mitterrand lui-même le reconnaissait), il  avait celui de proférer des vérités qui perforaient littéralement la carapace de mensonge et d’hypocrisie des autres partis. Mais il n’a jamais eu les capacités en termes de réseaux et de personnel, ni, semble-t-il, l’ambition de diriger un parti de gouvernement : il est fort probable que la « divine surprise » du 21 avril 2002 eût, pour lui, tourné au cauchemar en cas de victoire au 2etour. L’action de Marine Le Pen à la tête du parti change les choses : sous son impulsion, la dimension « poil à gratter » du FN perd de sa virulence, mais le parti rassemble davantage les mécontents de tous bords, chassant sur les terres de l’UMP, du PS, voire de l’extrême- gauche. Autrement dit, le Front National, tout en conservant une assise électorale toujours aussi incertaine, devient un concurrent redoutable pour les autres partis  bourgeoisement installés dans la colonisation du paysage politique français ; pourtant, paradoxe révélateur, le programme de Marine Le Pen porte largement sa part d’incohérences, d’insuffisances et de démagogie ! Les succès de Marine Le Pen tiennent non seulement à ses talents – indéniables -, mais aussi et surtout à la médiocrité des politiques : les uns gouvernent désastreusement tandis que divisions et petites ambitions personnelles empêchent les autres de jouer honorablement leur rôle d’opposants.

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