Charles Maurras : Démocratie, ploutocratie

Charles Maurras« Et si, comme tout le montre, si leur pensée est arrêtée sur ce point vital, il leur sera facile de la conduire, par des voies droites, à la cause évidente de la plupart des maux dont ils ont le plus de raisons de se plaindre : dans un peuple noble et ancien, riche, actif et puissant comme le nôtre, il ne peut y avoir de démocratie qui ne soit l’expression de la plus pure ou de la plus impure ploutocratie ; le gouvernement des bulletins de vote y doit équivaloir rapidement au gouvernement des chèques d’Arton 5 ou d’Oustric 6, la souveraineté de l’électeur s’y transformera très vite en souveraineté du banquier. La raison est simple : il faut de l’argent pour se faire élire ! Les partis sont tellement miteux et besogneux ! Le gros industriel, le gros commerçant, surtout le gros financier sont des pouvoirs tellement plus accessibles et plus utilisables, en tout temps ! D’autre part, si l’élu est la créature directe de l’argent, il est à peu près fatalement conduit à se référer à ce pouvoir « anonyme et vagabond » de qui il tient son existence. Celui qui sait qu’il a été nommé à beaux deniers comptants ne peut éprouver grand scrupule à la pensée de se faire ravitailler, restaurer et, comme dirait M. Pierre Laval, « soutenir 7 » de même manière.

Instruite par des expériences sans nombre, dont l’affaire Wilson 8 et le Panama ne furent que les premières en date, la génération, l’équipe de l’Action française enseigne, depuis de longues années, ces vérités éblouissantes qui pénétrèrent peu à peu, tête et cœur, l’élite de la patrie. Ainsi la pensée du comte de Paris et du duc d’Orléans, son fils et successeur, a-t-elle été diffusée. Ainsi a-t-on compris, peu à peu, dans toutes les hautes régions de la nation française, qu’il n’y aura qu’un moyen d’échapper au joug de l’or-métal ou de l’or-papier, maître, maître absolu des démocraties : ce sera le retour au gouvernement dont le suprême titulaire sera désigné par le Sang.

Raison, raison très claire : la finance peut faire et, littéralement, créer des gouvernements électifs, les tenir, les remplacer en observant avec scrupule toutes les règles qui président à leur nomination. Le financier fait l’opinion, l’opinion fait ses rois, et ces rois sont des esclaves dont les sujets deviennent les esclaves de l’or, et il n’y a pas un soupir légal, pas une réclamation juridique a élever contre ces procédés de génération politique, ils sont dans la règle du jeu, aucun appel n’est possible, et pour protester, comme les cartellistes 9, contre les méfaits du mur d’argent, il faut posséder les moyens, en argent monnayé, de publier et de propager ses protestations. Qui dit Opinion-reine et Élection-reine doit dire aussi Argent-roi. Il y a un lien de filiation de tout élu à l’argent électeur. L’élection naît de l’argent comme l’enfant naît des parents, très directement. Toutes les fariboles democratico-républicaines peuvent couler des bouches et des plumes sans voiler cette vérité.

Au contraire, on peut y dépenser tout l’or du monde, cet or ne fera pas un roi fils de roi. Le pouvoir que l’hérédité confère et un pouvoir naturel que l’on ne constitue ni par or ni par argent, son origine est différente et hétérogène. On peut en dire et en penser tout le mal que l’on veut, la royauté héréditaire n’en est pas moins tout autre chose que cette souveraineté élue, dont la création et la fabrication sont à la portée des banquiers et des marchands d’or. Elle résulte d’une force naturelle essentiellement distincte : à aucun degré elle ne doit l’existence à l’or. C’est le point vif qu’il faut considérer. Les étourdis le perdent de vue quelquefois.

Article de l’Action Française du 27 Décembre 1930

Source : Maurras.net

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