Du patriotisme français

« Le patriotisme français nourri et rafraîchi à ses vives sources locales est peut-être un peu plus compliqué à concevoir et à régler que le patriotisme unificateur, simpliste, administratif et abstrait de la tradition révolutionnaire et napoléonienne. Mais comme il est plus fort ! Et surtout, comme il est plus sûr ! À la place d’un simple total de milliers de fiches contenues dans un carton vert, voici la plante naturelle qui boit la sève de son sol. »

Charles Maurras, la Monarchie Fédérale

Les récents résultats électoraux se prêtent aisément à l’illustration du propos maurrassien et, plus largement, distingue profondément les deux visions nationalistes, la royaliste et la républicaine. Ainsi, à la vision jacobine que propose le nationalisme républicain, s’oppose le nationalisme intégral de l’Action Française, basé sur la décentralisation réelle et le respect des libertés locales (on reverra à propos le troisième numéro de la Minute Royaliste).

RoyalismeAinsi, à l’écrasement des régions par la bureaucratie parisienne, les royalistes opposent la véritable décentralisation, qui pourrait déjà commencer par une réforme territoriale des régions pour leur redonner leur visage historique (Le retour de la région de Nantes en Bretagne par exemple), pour ensuite renforcer la clause générale de compétences en élargissant les prérogatives régionales. En clair, redonner aux provinces leur visage historique ou, pour poursuivre l’idée maurrassienne :

« Pour sauver le patriotisme, il faut réformer la patrie, comme il faut réformer l’État pour sauver la notion de gouvernement. L’État français sera conçu non pas moins « un », sans doute, mais uni suivant des principes plus souples, plus conformes aux richesses de sa nature, plus convenables à nos mœurs, et qui établiront une meilleure division du travail politique. Aux communes les affaires proprement communales, les provinciales aux provinces ; et que les organes supérieurs de la nation, dégagés de tout office parasitaire, président avec plus d’esprit de suite et de vigueur à la destinée nationale. »

Certains argueront le péril anarchiste comme frein insurmontable à la réforme royaliste. Ce serait certes vrai si l’on ne rénovait pas le système politique en mettant à bas le système républicain, qui ne repose sur aucun principe unificateur, aucun socle commun à l’ensemble de la population française. L’institution royale et, plus particulièrement l’aspect dynastique permet à la première magistrature de l’Etat de sortir de toute dépendance temporelle et d’unir, selon un principe immuable, l’ensemble de la population autour du Roi. La république ne peut décentraliser : elle sombrerait immédiatement et serait emportée par les flots de son intrinsèque division.

En clair, le nationalisme intégral respecte la France dans ses diversités ; protège les particularités locales par la mise en place de corps intermédiaires ; donne à la France la souveraineté dont elle a tant besoin. Mais pour retrouver ces libertés, il faut sortir du régime républicain… C’est toute la différence entre Barrès et Maurras : l’un s’obstinant à rester dans le suffrage universel, tandis que l’autre ayant compris tous les dangers qu’il comportait, préférait s’en abstenir.

Article paru dans le dernier numéro de Prospectives Royalistes de l’Ouest

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