L’Inquisition par les Nuls

Valeurs Actuelles revient à son tour sur l’ineptique et stupide « Inquisitio » de France 2 :

France 2 a choisi comme “saga de l’été” une série racoleuse, “Inquisitio”, qui accumule les clichés les plus grossiers et les plus éculés. Un spécialiste de l’Inquisition réagit.

Face au mot “inquisition”, mieux vaut garder son sang-froid. Au philosophe, le soin d’y voir l’anéantissement de toute conscience libre ; au moraliste, d’y rejeter l’incarnation du mal ; à l’historien cependant, de l’étudier comme une série de faits historiques réels. Dans le monde binaire et solaire des Gentils (nous) contre les Méchants (eux), l’Inquisition est l’œuvre des seconds ; dans la réalité grise de nos destinées terrestres, le “scénario”, si j’ose dire, est plus complexe. L’histoire, si elle ne sait pas tout et prend souvent des pincettes, a le mérite de ne pas nous laisser tyranniser par le passé, ou plutôt par ceux qui nous vendent leurs indignations préfabriquées. Lorsque les diseuses de bonne aventure réécrivent le passé, sans doute aux claviers de Mac Book Pro flambant neufs, elles le refont toujours à nos dépens.

Lorsque le faussaire donne le bras à l’ignorant, le préjugé règne en maître et les grands prêtres audiovisuels lui servent ses oracles. Le spectateur juge alors de ce qu’il ne s’est pas donné la peine d’apprendre et, parce que la majorité lui donne raison, ne voit aucune raison pour fatiguer ce bel esprit critique qu’il aurait reçu deux siècles auparavant, à la faveur d’un grand désenvoûtement national.

Inquisitio est une série grotesque, « ridicule, bizarre, extravagante » (selon la définition que donne Littré de cet adjectif). Éros, toutes voiles dehors, se love contre Arès dans la moiteur suffocante d’un royaume peuplé de mons­tres et de fanatiques tandis que le Moyen Âge des gargouilles s’accommode presque trop facilement de scènes abjectes aux mœurs politiques d’une actualité troublante. Et il ne suffit pas de renoncer officiellement au dessein de la reconstitution historique. Se dédouaner de l’Histoire ne dédouane pas des effets du mensonge sur le spectateur même averti. Même travesti en clowns et adoubés chevaliers blancs, on ne saurait mentir à ce point. La fiction, lorsqu’elle veut représenter des hommes et des événements réels, doit, même si elle romance ou caricature, faire justice à ce qu’ils ont réellement été, surtout lorsque l’on a manifesté une certaine ambition didactique.

Catherine de Sienne (Sienne 1347-Rome 1380), par exemple, en fait les frais. Tertiaire laïque dominicaine, canonisée en 1461, faite docteur de l’Église universelle par Paul VI en 1970 en même temps que Thérèse d’Avila, proclamée sainte patronne de l’Église par Jean-Paul II, protectrice des journalistes, des médias et de tous les mé­tiers de la communication, est re-présentée dans la fiction en ignoble ma­nipulatrice à la folie meurtrière.

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