120 000 emplois détruits dans l’industrie en 3 ans : pourquoi la grande purge ne fait que commencer

Plus de 1 000 usines fermées et 120 000 emplois perdus. Tel est le constat dressé par une étude publiée par Trendeo. Faut-il croire qu’il y a trop d’emplois dans le secteur industriel et que le phénomène est amené à se poursuivre ?

Industrie françaiseAtlantico : Plus de 120 000 emplois auraient disparu dans le secteur industriel ces trois dernières années selon une étude de Trendeo. De même, plus de 1000 usines auraient fermées. Combien d’emplois sont réellement menacés dans l’industrie ? Ce phénomène peut-il durer ?

Jean-Pierre Corniou : Toutes les études publiées depuis quelques années illustrent l’ampleur de la réduction des effectifs industriels en France depuis 30 ans. De 1980 à 2007, donc avant la crise, la France a perdu 36% de ses effectifs industriels. Ce phénomène s’est accéléré depuis 2000, et s’est encore accru depuis 2008 sous l’effet de la crise. La part de l’industrie (hors construction) dans la valeur ajoutée totale, en France, est passée de 18 %, en 2000, à un peu plus de 12,5 %, en 2011. Mais il faut souligner qu’une partie de l’emploi naguère considéré comme industriel est désormais externalisé auprès d’entreprises de services spécialisés. Il y a donc une partie de destruction nette, et une part de transfert vers des activités de service.

La principale cause de réduction d’emplois est l’amélioration de la productivité qui représente 65% des pertes d’emploi depuis 2000. Les délocalisations ne représentent que moins de 20% de la réduction des emplois industriels.

Faut-il croire qu’il y a « trop » d’emplois dans l’industrie par rapport aux besoins. Par conséquent, les emplois perdus pourront-ils être recréés ?

La notion de surcapacité est toute relative : elle dépend de la nature de l’offre, de l’intensité de la demande, désormais mondiale, mais surtout de la productivité du travail. D’une part pour toutes les catégories d’actifs, la part du travail dans la vie va continuer à diminuer. Depuis le début du XXe siècle, la durée moyenne, toutes catégories confondues, du travail effectif est passée de 200 000 heures à 67 000 heures. Nous vivons désormais grâce à l’allongement de la vie, et à l’amélioration de l’efficacité productive, deux vies complètes, une vie de travailleur et une vie de rentier. Comme on a gagné plusieurs centaines de milliers d’heures de vie en un siècle pour vivre désormais 700 000 heures, le travail ne représente plus que 12% de notre existence, contre 40% à la fin du XIXe siècle. Cette réalité bouleverse nos conceptions souvent moralisatrices quant au temps de non-travail.

Dans ce vaste mouvement de reflux de la place du travail, le travail industriel va continuer sa contraction. Le développement des robots, l’usage encore plus intense des technologies de l’information, la multiplication des outils connectés directement à internet sans intervention humaine va accroître la productivité du travail industriel, mais aussi de plus en plus celle des services. Il faudra moins de travail pour produire les objets du futur, même s’ils sont produits en France, ce qu’autorisera une robotisation accrue de nos industries.

Source et suite de l’article sur Atlantico

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