Notre-Dame du Marillais et le Champ des Martyrs

Le grand vitrail du Pré des Martyrs Après une première visite à Notre-Dame du Marillais, sur les pas du Père de Montfort, revenons dans ce sanctuaire marial de l’Anjou pour y découvrir un second vitrail, celui du Pré des Martyrs qui furent massacrés aux abords de la chapelle, le 25 mars 1794. En voici l’histoire…

exode des Vendéens outre Loire a laissé le champ libre aux Bleus dans les Mauges. Arrivé à Montglonne – le nom révolutionnaire de Saint-Florent-le-Vieil – à la tête de 2 à 3.000 hommes, à la fin du mois d’octobre 1793, le général Moulin inaugure six mois de terreur. Sitôt installés, les soldats organisent des battues à travers la ville et la campagne environnante. Les prisonniers affluent de plus en plus nombreux au moment où les débris de l’armée vendéenne s’éparpillent sur les rives de la Loire.

Noël sanglant

Fin 1793, tous les moyens d’exécution sont mis en œuvre pour « saigner jusqu’au blanc la génération vendéenne » (1) : fusillades de masse, guillotine, noyades en Loire, l’imagination des bourreaux n’a pas de limites. Comme Nantes et Angers, Montglonne aussi regorge de prisonniers. On les a enfermés dans l’abbaye – cruelle ironie de l’Histoire – là même où les Blancs avaient rassemblés puis graciés leurs prisonniers deux mois auparavant. Hélas, il n’y aura pas de Bonchamps républicain. Environ deux cents détenus ont été conduits aux Ponts-de-Cé pour y être fusillés dans la Prée de Sainte-Gemmes. Il faudra deux jours pour exécuter les autres les 23 et 24 décembre 1793, dans un vallon à l’écart de la ville, non loin de l’antique chapelle Notre-Dame du Marillais.

 

 

 Les Colonnes infernales

Le départ de Moulin de Montglonne, en janvier 1794, ne met pas fin à l’hécatombe. Son digne successeur, le général Legros, s’est mis à l’œuvre depuis la mi-décembre. La chasse aux « brigands de la Vendée » reprend de plus belle à travers le Bocage au moment où les colonnes incendiaires de Turreau entament leur « promenade militaire ». Montglonne occupe une position stratégique, offrant un renfort aux colonnes mobiles. Venant de Doué, le général en chef s’y rend à la mi-mars. Une solide escorte de 3.500 hommes assure sa protection, lui qui ne s’aventure jamais sur des terrains trop exposés à l’ennemi. « Je suis venu camper le 14 sous le canon de Saint-Florent, écrit-il au ministre de la Guerre, où j’ai fait ma jonction avec Cordelier (2). Nous avons marché parallèlement sur cinq colonnes, en exécutant les mesures révolutionnaires que l’expérience m’a convaincu devoir être les seules propres à anéantir la guerre de Vendée. » (3) Sa marche se poursuit vers « l’infâme pays du Loroux » qu’il livre aux flammes.
Les rafles de ces dernières semaines ont à nouveau rempli les geôles de l’abbaye de Saint-Florent de près d’un millier d’hommes et de femmes de tous âges. Legros ne souhaite pas s’encombrer de bouches inutiles. Il fixe leur exécution au 25 mars, au même endroit qu’en décembre 1793.

 

 

Un témoin des massacres de 1794
 
Un jeune combattant de vingt ans, nommé Vallée, faillit y laisser la vie. Son témoignage est édifiant. Le général Legros avait tenu à commander le massacre. Il était venu de grand matin, à la tête de la garnison en armes, et s’était fait suivre d’une charrette chargée de cordes. Liés deux à deux, au sortir de l’église, attachés par un autre cordage qui servait de chaîne, les prisonniers étaient jetés ensuite au milieu des soldats, et rangés en ordre sur la place. Plus de mille pauvres victimes, dont la moitié était des femmes et des enfants, formaient ce cortège funèbre. Peu pressé de m’y adjoindre, je m’étais retiré dans le chœur, et me trouvais ainsi des derniers à sortir de l’église. Dans ce moment même, les cordes manquaient aux bourreaux ; le tambour bat la charge, et toute la colonne se dirige sur la route du Marillais.
Arrivés en face de la vieille église, au bord de la Loire, dans un pré sur la droite que l’on nomme aujourd’hui le Pré des Martyrs, nous nous laissons placer comme des moutons qu’on conduit à la boucherie. Des pionniers creusaient près de la haie, dans la partie la plus élevée, une immense fosse […] À la vue de cette fosse béante, une résolution subite me traverse l’esprit ; nous étions là douze jeunes gens voués à la mort, mais libres de nos mouvements […] Un coup d’œil est échangé entre mes camarades, et au même instant, par un élan subit, nous franchissons tous la fosse, et prenons notre course à travers champs… (4)
Dans la confusion, des centaines de coups de fusil sont tirés. Huit fuyards sont abattus, le reste réussit à s’échapper. Aucun autre prisonnier n’aura leur chance.
 

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