Retraites : une réforme en trompe-l’œil, par François Reloujac*

Présentée comme une réforme de fond devant pérenniser le système français de « retraite par répartition », le projet proposé par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, après être passé de justesse à l’Assemblée nationale, a été provisoirement rejeté en commission par le Sénat… pour de mauvaises raisons !

Cette nouvelle réforme des retraites, proposée par le Gouvernement, n’est en fait qu’un ajustement comptable reposant sur des hypothèses qui ne résultent que de la politique du chien crevé au fil de l’eau et sur des solutions qui ne sont qu’autant de faux-semblants. 

Le projet de loi se veut une « réforme structurante » du système de retraite, permettant de sauvegarder le système français de « retraite par répartition » jusqu’en 2060, au moins ! Objectif ambitieux qui a eu du mal à convaincre les députés et qui a soulevé le scepticisme parmi les sénateurs membres de la Commission préparatoire. Chef d’œuvre de « motion » du parti socialiste, le texte ne satisfait personne. Il est vrai qu’il repose sur des hypothèses improbables, qu’il ne fait qu’accroître l’ambiguïté fondamentale du système français et qu’il méconnaît – pour ne pas dire qu’il nie – le seul fondement du financement des retraites.

 Des hypothèses improbables…

 Ces hypothèses improbables sont celles retenues par le Conseil d’orientation des retraites (COR) qui s’est contenté de projeter les tendances actuelles, sans chercher à savoir si elles sont ou non réalistes. Ces hypothèses considèrent l’état comme un simple spectateur des tendances récentes, incapable d’influencer en quoi que ce soit l’évolution du pays..

Le projet retient un taux de fécondité moyen de 1,95 enfant par femme entre 2015 et 2060. Autrement dit, d’ici à 2060, les générations de Français ne pourront pas se renouveler, ni même se maintenir et cela en dépit du fait que l’espérance de vie passera de 82,2 à 88 ans pour les hommes et de 87,2 à 92,3 ans pour les femmes. La population française devrait donc diminuer dans les années à venir, sauf à être compensée par un solde migratoire considéré par le COR comme constant sur la période à 100 000 étrangers supplémentaires chaque année. C’est-à-dire qu’à partir de 2036 ou 2037, le nombre d’étrangers s’installant en France sera supérieur au nombre des naissances d’autochtones, que ceux-ci soient Français depuis une ou deux générations, ou plus. Dans ses statistiques, le COR estime par ailleurs que le « taux de chômage à long terme » pourrait baisser jusqu’à 4,5 %, autrement dit que le gouvernement a trouvé le système permettant, non seulement d’« inverser la courbe du chômage » comme l’a promis le président Hollande pour 2013, mais encore de relancer une économie qui serait nettement plus efficace que pendant les « Trente Glorieuses » ! Malgré ces projections merveilleuses, « il n’y aurait plus que 1,5 actif pour un inactif de plus de 60 ans en 2060, contre 2,1 en 2010 ». 

Au-delà de ces chiffres, il apparaît que les statistiques retenues ne reposent que sur des extrapolations des calculs actuels, comme si les politiques des gouvernements se succédant ne pouvaient avoir aucune influence, qu’ils soient de droite ou de gauche… ou d’ailleurs ! 

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