GRANDS TEXTES XXXV : La Monarchie fédérale, par Charles Maurras

Charles Maurras« Quoi de plus moderne qu’une colonne grecque ? » répondait Ionesco, sous forme de boutade – mais boutade sérieuse et profonde… – aux tenants d’un art abscon, qui s’ennivraient des mots « nouveau », « contemporain », « moderne » etc…

En le paraphrasant, et en appliquant la paraphrase à la chose politique, ne pourrait-on dire : quoi de plus moderne que ces textes de Maurras, qu’il s’agisse de livres écrits il y a cent ans, au tout début du XXème siècle, comme L’Avenir de l’Intelligence, Kiel et Tanger ou, comme ici, d’un texte beaucoup plus court : La monarchie fédérale ?

Quoi de plus moderne, mais aussi et surtout, quoi de plus révolutionnaire ? Alors que les tenants du Système sont devenus, de fait, les conservateurs du des-ordre établi de  ce Système, de cette république idéologique qui s’écroule aujourd’hui, après avoir fait faillite en tous domaines, nous sommes, nous les critiques de ce Système, les vrais révolutionnaires de ce des-ordre à l’échec retentissant. « Révolutionnaires » étant pris, bien sûr, non dans son sens idéolgique – celui que se sont attribué ceux qui ont voulu 1789 – mais dans son sens naturel et premier : nous voulons retourner les choses, les remettre à l’endroit, pour, expliquait Boutang, retrouver « l’ordre légitime et profond »…

Ainsi, dans la société induite par la révolution de 1789 et par la République de 1875, qui en est l’héritière, et qui était appelée « société bloquée » dès les années 1970 par Jacques Chaban-Delmas, il est bien révolutionnaire de parler de républiques au niveau municipal, de fédéralisme au niveau provincial (certains préfèreront le technocratique « régional »…) et de royalisme à la tête de l’Etat : un Etat a-démocratique, « sequestré », disait Renan, « libéré » disait Maurras – là où Boutang parlait de « Reprendre le Pouvoir » – afin que les forces de l’Argent ne prévalent point contre lui et ne s’en emparent, ce qui est bien le cas aujourd’hui…

Frédéric Amouretti est bien inconnu aujourd’hui : pourtant, Maurras était en pleine amitié et communion d’esprit et de pensée avec lui sur le régionalsime et le fédéralisme, comme lorsqu’il écrivait : « …En adoptant le plan de Sieyès, et en découpant la France comme matière inerte en départements tracés arbitrairement sur la carte, la Convention a anéanti ces admirables cadres historiques où les hommes, unis par l’identité des souvenirs, de la langue, des mœurs, des intérêts pouvaient bien s’entendre pour s’occuper de tout ce qui les touchait de près… ».

Pour Amouretti, au contraire, et pour les « fédéralistes », il faut respecter la liberté des communes reliées entre elles selon « sis enclin istouri, ecounoumi, naturau… », ce qui passe par la suppression des départements au profit des anciennes provinces avec à leur tête « uno assemblado soubeirano, à Bourdèus, Toulouso, à Mount-Pelié, à Marsiho o à-z-Ais ». Ces assemblées devant jouir d’une autonomie complète en ce qui concerne l’administration, la justice, l’enseignement, les travaux publics…

L’engagement régionaliste d’Amouretti se concrétisa davantage avec la Déclaration des Félibres Fédéralistes du 22 février 1892, co-rédigée avec le jeune Charles Maurras, Amouretti pouvant être considéré, à bon droit, comme « lou paire e lou redatour de la declaracioun », les deux amis se lançant donc face à l’ennemi républicain et jacobin. Face aux multiples reproches de séparatisme ou d’anarchisme, Amouretti répondait :

« …Quelle erreur ! C’est l’unitarisme au contraire qui mène la France au séparatisme. La fusion, c’est-à-dire l’anéantissement des nationalités particulières où vivent et se distinguent les citoyens en une nationalité abstraite que l’on ne respire ni ne connaît plus, voilà l’unité. Le fédéralisme au contraire, respectant les diversités ethniques et favorisant le libre développement de chaque région, est le plus grand ennemi du séparatisme en le rendant inutile… ».

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