Délégitimer la République, par Bernard Pascaud.

 bernard pascaud 1.jpgLes parvenus de la politique politicienne n’ont que l’incantation aux valeurs de la république à la bouche. Que le président soit hué, les ministres chahutés, les décisions contredites, le pouvoir contesté ici et là, il ne peut s’agir au regard du reste de troupe de l’armée « mexicaine » du sombre Ayrault que de la réplique toujours ressassée le la république en danger.

Maintenant que les idéologies sont en panne et que les socialistes aux affaires sont ralliés au libéralisme, plus rien n’existe dans le référentiel des gouvernants qui ne soit avatar des vieux slogans de 89. C’est là le dernier fortin idéologique sur lequel est tentée une refondation de légitimité. Mais le consensus ne fonctionne plus qu’en surface pour au moins trois raisons : l’histoire rectifiée et un bicentenaire profanateur ont d’abord écorné le mythe fondateur. La ficelle manœuvrière est d’autre part un peu grosse : c’est une véritable  corde à pendre tout opposant, étant entendu que les oligarques au pouvoir seraient les gardiens du Temple démocratique auxquels seraient dus respect et dévotion inconditionnels. Enfin, et peut-être surtout, le leitmotiv obsessionnel aux valeurs de la république semble une abstraction qui ne fait pas oublier les réalités vécues : fiscalité oppressante, chômage de masse, précarité étendue, retraites rognées, insécurité croissante, ascenseur social en panne, école en échec, familles spoliées, mariage dénaturé, justice en crise, immigration incontrôlée, diplomatie en berne, armée affaiblie, endettement public abyssal, corruption institutionnalisée, Conseils de contre-pouvoir aux ordres, Europe préférée à la France, intérêt national sacrifié aux partis et aux groupes de pression, partis discrédités, syndicats anémiés, représentation nationale faussée

Cette triste litanie, hélas non exhaustive, est la vraie vie sous les valeurs de la république. Soit celles-ci sont la vraie cause des difficultés et de la descente pour tous, soit elles sont la cause de l’incapacité intrinsèque à les résoudre. Les démonstrations sont possibles, point par point.

Mais il y a plus : il y a la réalité de plus en plus totalitaire de la démocratie. Son intensité varie selon les dirigeants en place (et les actuels sont des champions), mais loin d’être un déviationnisme aux grands principes elle est une mécanique qui déploie son infernale spirale. La conception démocratique de l’Etat a opéré ce que le théologien catholique canadien William Cavanaugh appelle dans un livre récent une migration du sacré. Si le Roi absolu était soumis à toutes sortes de contre-pouvoirs (loi divine, loi naturelle, lois fondamentales), le peuple souverain n’a d’autre référence et d’autre limite que sa propre volonté. Il en va de même de ceux qui gouvernent en son nom, la démocratie directe n’étant qu’exceptionnelle. Là est la source d’une conception omnisciente et proprement totalitaire de l’Etat. Le sacré a migré de l’Eglise vers l’Etat et, dans le nouvel Etat, il n’y a plus, comme sous la monarchie, distinction et alliance des pouvoirs temporel et spirituel, mais confusion des dits pouvoirs. La démocratie religieuse, pour parler comme Maurras, défie l’Etat : il est à la fois roi, législateur libre, et prétendu libérateur de l’individu. Cette confusion est la matrice du totalitarisme. Cela est patent aujourd’hui.

Ainsi, vivre le républicanisme, c’est vivre le royaume d’utopie, c’est vivre la supercherie de l’imaginaire fantasmatique d’un régime révolutionnaire. Toutes les révolutions ont soufflé dans le même pipeau. Il est heureux que les évènements récents et actuels donnent à réfléchir de façon pertinente à la question prioritaire de l’Etat. Les réactions qu’ils suscitent sont l’heureux sursaut des consciences et des intelligences.

Délégitimer la république est aujourd’hui la forme la plus nécessaire de l’action politique. J’ai conscience en écrivant cela de commettre un blasphème contre cette république du Panthéon dont les frères de Peillon voudraient réactiver le culte. Même si le régime s’en charge lui-même, il convient d’accompagner le mouvement et de l’amplifier jusqu’à  l’amener à sa conclusion politique logique. Diverses sont les composantes, diverses aussi les approches, mais possibles les convergences. Dans cette perspective les modes d’action sont multiformes mais passent par trois nécessités : la formation, afin d’être bien en phase avec les débats tels qu’ils se posent aujourd’hui ; la présence sur le terrain de la vie sociale, lieu privilégié de la communication la plus efficace ; la volonté de créer du lien autour d’un projet politique qui soit une vraie alternative à l’Etat républicain tant celui-ci est tout ce que l’on voudra sauf une valeur sûre.

Bernard PASCAUD via la Faute à Rousseau

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