Quand la France tombe de Charybde en Scylla

Par de nombreuses fois, l’Histoire nous a enseigné qu’un gouvernement qui méprise tout notion de bon sens économique, de courage politique et d’intégrité intellectuelle n’est voué qu’aux échecs cuisants ou, pire, à finir comme commandant malheureux d’un navire national qu’il aurait fièrement mené sur l’iceberg  de l’irréparable.

 La gestion de la crise économique de 1929 en France est à ce propos exemplaire : les nombreuses gesticulations législatives des années 30, des gouvernements Chautemps à Blum, n’ont eu aucune incidence notable sur le tumulte financier que devait traverser la France. Pire, parce que l’instabilité politique induit inéluctablement une incohérence économique, ces réformes avaient engendré une dangereuse « stagflation » économique, sorte de double couperet reposant sur une croissance économique faible ou nulle et une forte inflation, induisant inéluctablement de terribles conséquences sur le niveau de vie des classes populaires.

Si l’Histoire a pour principe premier de ne jamais sortir deux fois le même couvert, son étude, si méprisée aujourd’hui, nous donne pourtant les clés de la réussite, posant les bases d’une saine réflexion pour faire face à chaque crise. Mieux, elle nous apprend à ne pas tomber de Charybde en Scylla, à ne pas éviter un danger en s’exposant à un autre, bien pire encore…

Or, notre actuelle situation économique, ce gouffre monumental que les candidats républicains n’osent sérieusement affronter, laisse entrevoir le spectre dévastateur de la « stagflation », ou bien pire encore. Bien sûr, l’actuelle crise systémique semble bien différente de celle de 1929, notamment par l’évolution économique (systèmes monétaires et financiers) et géopolitique des dernières décennies. Mais c’est l’inaction et l’impertinence gouvernementale de la France des années 1930, cette absence sidérale de courage politique qui doit servir de contre-exemple : la France a besoin d’un gouvernement qui sache mener une véritable politique, tenir la barre du navire, même quand la tempête fait rage et que l’opinion et les populistes se déchaînent.

Mais ce constat doit inévitablement soulever une question plus profonde : la république, parce qu’elle repose sur cette « dictature de l’opinion »,  parce qu’elle s’appuie sur la manipulation de la faveur populaire, peut elle aujourd’hui faire preuve de ce nécessaire courage politique ? Seul l’avenir nous le dira. Mais l’actuel vide abyssal des programmes économiques des candidats, souligné par de nombreux médias internationaux comme The Economist, ne laisse guère de place à un quelconque espoir pour les mois à venir…

Pour sortir de la crise de 1930, de nombreuses politiques telles que le keynésianisme ou le malthusianisme économique furent étrennées et n’auront réussi qu’à démontrer leur impuissance crasse. Seule la politique de l’offre, c’est-à-dire un allègement des impôts sur les acteurs de l’économie (entreprise et travailleurs) avait porté quelques fruits et laissé respirer quelques temps les pays développés, même si elle ne fut évidemment pas la solution miracle escomptée par les libéraux. Aujourd’hui, l’Etat républicain semble opter pour l’extrême inverse, l’œil rivé sur cette manne que représente l’épargne française. Taxer, prélever et ôter aux particuliers cette richesse pour rembourser les dettes d’un Etat impénitent, voilà leur axe de conduite.

Combien de temps cette folie durera t’elle ? Tant que l’épargne des français tiendra. Mais dans cette frénésie taxatrice, il y a fort à parier qu’en évitant ainsi de s’attaquer aux nœuds de l’actuelle crise systémique, nos politiciens ne font que tomber de Charybde en Scylla… en lançant consciemment le navire français vers l’incontournable mur de la dette.

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