Société ou communauté ?

Face à la crise, un espoir : le Roi !Face à la crise, un espoir : le Roi !Au sein d’un pays qui a aujourd’hui relégué l’intelligence politique au rang des tares et des boulets, la dichotomie entre la société et la communauté peut aisément paraître complexe. Ferdinand Tönnies, auteur allemand renommé, s’y est pourtant essayé en distinguant d’un côté la Gemeinschaft (Communauté), où le Tout prime sur l’individu, et de l’autre la Gesellschaft (Société), où l’individu prime sur le Tout. Pour Tönnies toujours, le propre de la modernité telle qu’elle est aujourd’hui présentée reste de faire évoluer les anciennes Communautés vers de nouvelles Sociétés, où l’individu, dépourvu des charges communautaires, pourrait ainsi devenir l’unité politique fondamentale.

De fait, depuis 220 ans, la république s’est efforcée de mettre en place ce cheminement par la destruction volontaire des communautés sociales et économiques qui protégeaient l’individu. Par la Loi Le Chapelier du 14 Juin 1791 d’abord, les révolutionnaires avaient déjà mis à bas le système corporatif, c’est à dire l’ensemble des protections sociales qu’apportaient les communautés de métiers aux familles françaises. La destruction de ces institutions historiques avaient ainsi jeté le travailleur dans la grande nasse libérale, qui n’aura dès lors de cesse de poursuivre cet isolement économique de l’individu, notamment par la remise en cause de la Première des Communautés, la Nation.

En second lieu, si l’individualisation politique et l’esprit partisan restent intrinsèques au régime républicain, il subsistait encore dans les premières heures républicaines de la démocratie représentative des traces communautaires, héritées des Etats Généraux, et tout particulièrement à l’Assemblée Nationale. Censées représenter la diversité du peuple, les premières assemblées comptaient nombre de représentants de corps de métiers et de communautés locales. Agriculteurs, ouvriers et médecins pouvaient se côtoyer et défendre le point de vue de leurs communautés sociales et économiques en toute liberté, rendant ainsi à la politique son plus bel hommage. Or aujourd’hui, cette représentation imparfaite – qui avait le mérite de subsister – des communautés françaises n’existe plus, ôtée par les voies oligarques du système républicain… L’Assemblée Nationale ne grouille plus aujourd’hui que d’une immense majorité d’énarques et affiliés, guère représentative des communautés locales et économiques.

La destruction des communautés économiques et politiques ne pouvaient que prédisposer à l’éclatement des communautés sociales, à savoir les villes puis, bien plus encore, la communauté de foyer, la famille. Sous les effets conjugués de l’urbanisation grandissante et d’un libéralisme consumériste, l’individualisme a pris le pas dans les villes et villages français, laissant les quartiers sans vie, sans esprit de communauté : le grand « chacun pour soi » connaît aujourd’hui son heure de gloire, même si certaines initiatives, comme les « fêtes de voisins », tendent à atténuer légèrement ce constat bien triste.

Mais là où l’ère socialiste aura marqué son empreinte mortifère, c’est bien dans cette vindicte contre la dernière communauté existante, la famille. Destruction de la famille, de la filiation, du rôle des parents dans l’éducation des enfants : tout est fait pour isoler l’individu dès ses premières années, portant ainsi l’individualisme jusqu’à son paroxysme.

Comme disait René de la Tour Du Pin :

« Cette Révolution, dont l’esprit persistant au cours entier de ce siècle a ramené trois fois en France la République, sans pouvoir y faire régner la concorde et la paix, n’est pourtant pas un accident fortuit, mais le fruit certain d’une autre évolution, qui de philosophique devint à son tour historique, et dont le principe générateur est le principe opposé à celui de la solidarité : celui de l’individualisme c’est-à-dire de l’affranchissement complet de l’individu par l’abolition de tous les liens sociaux : aussi bien liens religieux ou familiaux que liens corporatifs ou politiques créés ou consentis jusque-là par le développement historique de la Nation.« 

S’il faut dénoncer cet état de fait, cet éclatement individualiste de la Nation, il faut également porter la voix royaliste en exemple, démontrant les bienfaits des principes corporatistes sur l’équilibre nationale, les vertus d’une politique réellement tournée vers le Bien Commun et surtout, l’indispensable préservation du socle du Droit Naturel, à commencer par la famille.

En continuant René de la Tour du Pin :

Tout se tient : tant que l’unité politique sera l’homme asocial, l’individu dépouillé de tout ce qui le place dans la société, l’ordre politique sera uniquement démocratique, c’est-à-dire sans rapport avec l’ordre social, donc absurde en principe et tyrannique en fait. Mais lorsque la conception sociale monarchiste se sera traduite dans l’ordre politique selon l’heureuse formule qui en pose le principe, une dynastie nationale incarnant à la fois la famille et la profession, il ne paraîtra plus une anomalie dans l’ordre social, et donnera facilement à l’ordre politique le couronnement historique d’une Monarchie vraiment sociale« .

Article publié dans le dernier numéro des ASC : Le déclin du Monde Moderne

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