Du Malthusianisme éducatif

Cet article est tiré du dernier numéro de Prospectives Royalistes de l’Ouest de Mai 2012 à télécharger gratuitement ici. N’hésitez pas à faire découvrir notre beau journal autour de vous !

Si la soif d’égalité sociale a longtemps été le véritable moteur de la rhétorique politicienne, son pendant économique l’a aujourd’hui remplacé dans la majorité des esprits français. Crise oblige, le paradigme égalitaire a donc subtilement changé, l’actuelle envie des français se portant bien plus sur la richesse des autres que sur leur statut social. Ce changement de paradigme, complexe et loin d’être un épiphénomène, s’accompagne notamment d’une certaine indifférence face au recul de l’égalité sociale, et à l’égalité éducative en tout premier lieu.

                Un récent rapport d’observations de la Cour des Comptes vient d’ailleurs de dénoncer les criantes inégalités, économiques comme sociales, au sein même du système scolaire français. Remuant le couteau dans la plaie ouverte par les précédentes études, PISA notamment, ce rapport souligne le manque total de cohérence dans la redistribution des ressources : par exemple,  l’Etat a déboursé, en 2010, 47% de plus pour former un élève parisien qu’un élève de Créteil ou de Versailles et 51 % de plus que pour un élève niçois…

                Mais ce qui marque le plus, c’est le relatif désintéressement politique sur ce thème pourtant crucial. Ainsi, pendant l’affligeante campagne électorale de ces derniers mois, peu de candidats revinrent sur les actuels errements pédagogiques et financiers de l’Education Nationale : seuls les thèmes de la sécurité et du nombre d’emploi furent abordés quelques instants. Quid de la liberté d’enseignement, de l’odieux nivellement par le bas des programmes éducatifs, du rejet quasi-généralisé de toute notion de « culture générale », du développement de l’alternance et de l’apprentissage, ou tout simplement de la juste répartition des moyens pour une saine instruction des jeunes générations ?

                Ces questions, si importantes qu’elles puissent paraître, seront comme d’habitude reléguées aux oubliettes de la politique française, l’épanouissement intellectuelle n’étant guère plus une priorité pour nos gouvernants depuis bien des années.

                Pourtant, l’actuelle crise systémique doit interpeller les français sur la réelle pertinence de notre système éducatif : en catalysant cette éducation à deux vitesses, en entretenant ces nombreuses inégalités entre les français en posant notre système éducatif comme le relais de leur malthusianisme social, nos politiciens ont posé le choix du Malthusianisme éducatif, symbolisé par Prost en 1968 comme « la prolifération de bacheliers qui ne trouveraient pas un emploi digne de leur ambition. ». Ou pas d’emploi tout court, devrait on préciser aujourd’hui.

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