18 Juin 1694 : la Bataille de Camaret (29) gagnée par Vauban

Plan de la Tour de Camaret

En ce début de 1694, Louis XIV décide de porter son effort de guerre sur la Méditerranée et l’Espagne. Afin de soutenir le maréchal de Noailles pour la prise de Barcelone et de contraindre l’Espagne à signer la paix, Tourville quitte Brest le 24 avril avec 71 vaisseaux et l’escadre de Châteaurenault le suit le 7 mai. Renseignés sur ces mouvements, les Anglais et les Hollandais projettent de s’emparer de Brest, pensant que l’absence de Tourville et de sa flotte rendrait aisé le débarquement d’une armée d’occupation forte de sept à huit mille hommes.

Après la victoire de Tourville à Lagos en 1693, le Prince d’Orange avait envoyé une expédition de représailles sur Saint-Malo et projetait de monter des opérations du même type sur d’autres ports du royaume français. Ayant eu vent du projet par ses espions, Louis XIV nomme Vauban commandant militaire de Brest et des quatre évêchés bas-bretons, soit de Concarneau à Saint-Brieuc.

Au matin du 18 juin, une épaisse brume s’abat sur cette partie de la Bretagne. Les attaquants manquant, comme les défenseurs, de visibilité, l’assaut est différé. Ce répit est apprécié par le côté français, « car un corps de cavalerie commandé par M. de Cervon et une partie des miliciens n’arrivèrent de Châteaulin qu’à neuf heures ». Ce n’est que vers 11 heures, quand le brouillard se dissipe, que le marquis de Carmarthen peut avancer avec sept navires pour attaquer la tour de Camaret et protéger les 200 chaloupes chargées de soldats qui se dirigent vers la plage de Trez-Rouz. La tour, soutenue par les batteries du Gouin et de Tremet, fait un feu soutenu. Un bâtiment est coulé par deux bombes, un autre, qui s’est trop approché de la côte, s’échoue et doit se rendre et les cinq derniers sont mis en mauvais état. Malgré la surprise, les Anglais ripostent et plusieurs projectiles atteignent l’ouvrage défensif. C’est au cours de cette bataille que la flèche du clocher de Notre-Dame de Rocamadour est abattue. Entre temps le général Talmash à la tête de ses 1 300 hommes, dont des huguenots français, débarque sur la plage de Trez-Rouz. Les troupes anglaises sont accueillies par un feu nourri et après un moment de flottement, elles sont chargées par 100 hommes des compagnies franches et 1 200 miliciens gardes-côtes  sous les ordres de Tanguy le Gentil de Quelern, capitaine de Crozon.

Macaulay écrit dans son Histoire d’Angleterre : « On découvrit des corps nombreux de cavalerie et d’infanterie qu’à leur uniforme on reconnut pour des troupes régulières. […] Il [Talmash] était convaincu que les forces qu’il voyait rassemblées sur le rivage n’étaient qu’un ramas de paysans qui avaient été raccolés en toute hâte dans le pays avoisinant. Certain que ces soldats pour rire s’enfuiraient comme des troupeaux de moutons devant de vrais soldats, il ordonna à ses hommes de ramer vers le rivage. Un feu terrible moissonna ses troupes avant qu’elles eussent pu atteindre la terre. À peine avait-il mit le pied lui-même sur le rivage qu’il reçut un boulet de canon dans la cuisse ». Grièvement blessé, le général anglais est emporté vers l’escadre ; il mourra quelques jours plus tard. La contre-attaque française repousse les hommes débarqués à la mer. Ceux-ci ne peuvent plus battre en retraite car la marée descendante a laissé les chaloupes à sec. Seulement une dizaine d’entre elles rejoignent la flotte anglaise.

Les pertes pour les Anglais sont considérables : « … du côté des Anglais, 800 hommes de débarquement tués ou blessés, 400 hommes tués sur les vaisseaux, et 466 prisonniers, dont 16 officiers. Les Français, d’après les rapports dressés le jour même par MM. de Langeron et de Saint-Pierre, n’auraient compté qu’environ 45 blessés, dont 3 officiers, au nombre desquels était l’ingénieur Traverse, qui eut un bras emporté. »

Depuis cette date, la plage du débarquement, dont on dit que le sang y a tellement coulé à flot que le sable de la plage en était rouge, porte le nom de Trez Rouz (sable rouge). La proche falaise où Talmash débarqua porte encore aujourd’hui le nom de Maro ar saozon (la mort anglaise). Les dunes voisines auraient servi de cimetière pour y enterrer les marins anglais et hollandais décédés lors des combats.

Vauban se trouve, lors du déclenchement de la bataille au fort du Mengant et arrive sur les lieux de la bataille à la fin des combats.

« Je n’y ay eu de part que dans les ordres et la disposition ; car du surplus la chose s’est passée à deux lieues de moy. Il me paroist que les ennemis s’y sont bien pris, car ils n’ont pas perdu un moment de temps. Aussitôt venus, aussitôt attaqué par l’endroit où je les au toujours craint ; en un mot, ils ont très bien pensé, mais pas si bien exécuté. »

— Lettre de Vauban à M. de Pontchartrain, Camaret, le 18 juin 1694

Source

Vitrail de la Bataille de Camaret

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