Itinéraire d’un récidiviste

Intéressant article de Jean Michel Verne dans Valeurs Actuelles qui revient sur l’itinéraire du meurtrier des deux gendarmes à Collobrières et peut servir de base de réflexion sur notre actuel système judiciaire français, la gestion de la récidive et la protection des forces de l’ordre.

Le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, a parlé d’“imprévu” au sujet des deux gendarmes tuées à Collobrières. Un imprévu malheureusement… prévisible, comme le montre le casier judiciaire du suspect.

Des milliers de personnes, dont beaucoup de gendarmes, pleuraient le 22 juin à Hyères lors d’une très émouvante cérémonie rendant hommage à leurs deux collègues abattues quelques jours plus tôt à Collobrières (Var). Le scénario est sombre et répétitif : marche funèbre, drapeaux tricolores qui entourent les cercueils et propos graves du ministre de l’Intérieur exprimant d’une voix cassée la tristesse de la nation. Manuel Valls a rappelé que « les missions des gendarmes relèvent de l’imprévu, un imprévu qui peut aller jusqu’au pire ».

Ce terme est-il véritablement approprié en ce qui concerne le double meurtre de l’adjudant Alicia Champlon et du maréchal des logis-chef Audrey Bertaut ? Dimanche 17 juin, peu après 22 heures, les deux gendarmes sont chargées de la surveillance sur la fête de la commune, proche de Pierrefeu. Elles sont appelées sur une banale affaire de cambriolage au cœur de ce pittoresque village du Var. Dans des circonstances qui restent encore confuses, le suspect, Abdallah Boumezaar, s’empare de l’arme de service d’Audrey Bertaut, l’abat de deux balles dans la tête puis tire sur sa collègue qui tentait de s’enfuir. Alicia Champlon s’affaisse à son tour. Le meurtrier a fait feu à six reprises.

Évoquer “l’imprévu” est un peu facile. L’arrestation quelques heures plus tard du suspect et la consultation de son casier judiciaire sont édifiantes. La dangerosité de Boumezaar était en effet étrangement prévisible, au regard de son parcours devant les tribunaux correctionnels.

Dès l’année 2000, ce gosse de la cité Berthe, un quartier chaud de La Seyne-sur-Mer, écope au tribunal pour enfants de Toulon d’une condamnation à trois mois de prison avec sursis pour usage de stupéfiants. Puis les choses vont crescendo : dix mois ferme de nouveau pour une affaire de drogue en 2001, deux mois en 2002 pour rébellion, un mois en 2004 et trois en 2005 pour des faits de “destruction de biens d’utilité publique”. Présenté par les experts comme « impulsif », Boumezaar franchit un palier dans la violence en novembre 2004, au coeur de la cité Berthe. Le suspect, qui est alors interdit de séjour dans le Var à la suite de ses divers exploits, se retrouve nez à nez avec une patrouille de quatre policiers, deux hommes et deux femmes, qui le soupçonnent de recéler une moto volée. L’affaire dégénère en bagarre générale. Boumezaar frappe une sous-brigadière de 36 ans avec un coup-de-poing américain, lui dérobe sa matraque de service (déjà !) et la frappe de nouveau. Le suspect parviendra à s’échapper. Il se constitue prisonnier le 15 mai 2005 sur l’insistance de sa compagne de l’époque, une certaine Laura.

Source : Valeurs Actuelles

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