1°Octobre 1793 : Décret d’extermination des brigands de Vendée

Convention Nationale

Séance du 1er octobre 1793

Après cette lecture, le même membre [BARERE], fait un rapport sur les causes qui perpétuent la guerre de la Vendée, et sur les mesures que le comité croit nécessaires pour la terminer.

Citoyens

L’inexplicable Vendée existe encore, et les efforts des républicains ont été jusqu’à présent impuissants contre les brigandages et les complots des royalistes qu’elle recèle.

La Vendée, ce creuset où s’épure la population nationale, devrait être anéantie depuis longtemps; et elle menace encore de devenir un volcan dangereux. Vingt fois, depuis l’existence de ce noyau de contre-révolution, les représentants, les généraux, et le comité lui-même, d’après les nouvelles officielles qu’il recevait, vous ont annoncé la destruction prochaine de ces fanatiques. De petits succès de la part de nos généraux étaient suivis de grandes défaites; trois fois victorieux dans de petits postes, chacun d’eux a été vaincu dans une forte attaque.

Les brigands de la Vendée n’avaient ni poudre, ni canons, ni armes; d’un côté l’Anglais par ses communications maritimes, de l’autre nos troupes, tantôt par des défaites, tantôt par leur fuite, tantôt par des événements, qui ressemblent à des intelligences concertées entre quelques-unes de nos troupes, quelques charretiers d’artillerie et les Vendéistes, leur ont fourni de l’artillerie, des munitions et des fusils.

L’armée que le fanatisme a nommée catholique royale paraît un jour n’être que peu considérable, elle paraît formidable le lendemain; est-elle battue, elle devient comme invisible; a-t-elle des succès, elle est énorme. La terreur panique et la trop grande confiance ont tour à tour dénombré avec une égale exagération nos ennemis. C’est une sorte de prodige pour des imbéciles ou de lâches. C’est un rassemblement très fort, mais non pas invincible pour des militaires, c’est une chasse de brigands et non une guerre civile pour des administrateurs politiques.

Cette armée catholique royale qu’on a portée longtemps à 15, à 25, à 30.000, est aujourd’hui, par le rapport des représentants du peuple près les côtes de Brest, d’environ 100.000 brigands : on croyait qu’il n’existait qu’une armée, qu’un rassemblement; aujourd’hui l’on compte trois armées, trois rassemblements. Les brigands depuis l’âge de 10 ans jusqu’à 66, sont en réquisition par la proclamation des chefs. Les femmes sont en vedette, la population entière du pays révolté est en rébellion et en armes; nous aurions une juste idée de la consistance de cette armée de révoltés en énumérant les différents districts qu’elle occupe, à quelques réfugiés près.

On croyait pouvoir les détruire le 15 septembre; le tocsin avait réuni vers le même but un nombre étonnant de citoyens de tout âge. Le pays s’était mis tout entier en réquisition avec ses piques, ses faulx, ses instruments même de labourage et avec des subsistances pour quelques jours seulement. Des contingents prodigieux par leur nombre autant que par la difficulté de les nourrir, de les armer, de les approvisionner, des contingents nombreux, levés presqu’à la fois depuis Angers jusqu’à Tours, et depuis Poitiers jusqu’à Nantes, semblaient annoncer que la justice nationale allait enfin effacer le nom de Vendée du tableau des départements de la République. Les contingents bivouaquaient, les uns gardaient le côté droit de la Loire, les autres devaient appuyer et renforcer les colonnes de nos troupes.

Jamais depuis la folie des croisades on n’avait vu se réunir spontanément autant d’hommes qu’il y en eut tout à coup sous les drapeaux de la liberté pour éteindre à la fois le trop long incendie de la Vendée.

Mais soit par défaut de principes et d’ensemble dans l’exécution des mesures et du plan de campagne, soit par toute autre cause que nous rechercherons plus sévèrement quand nous pourrons rapprocher tous les faits jusqu’à présent obscurs, compliqués, désavoués ou contradictoires, la vérité est que les citoyens des contingents ont été ralentis, découragés par le non emploi; que les contingents se sont fortement nui eux-mêmes par leur masse, se sont nui par le manque de subsistances ou par leur mauvaise et inégale distribution.

On n’a pas su, on n’a pas pu en tirer le parti convenable pour frapper un grand coup et faire une guerre d’irruption, au lieu d’une attaque de tactique.

La terreur panique qui a toujours perdu et vaincu sans retour les grandes masses, la terreur panique a tout frappé, tout effrayé, tout dissipé comme une vapeur; la journée du 18 a été désastreuse.

Un plan de campagne avait été conçu et longtemps discuté, et le partage d’opinions survenu dans le conseil de guerre au commencement de septembre, avait été vuidé par l’approbation du comité, qui avait pensé, après une longue discussion, que le principal moyen était de garantir les bords de la mer et d’empêcher toute communication des rebelles avec les Anglais.

Le comité était fondé dans cette opinion principale, sur ce qu’il fallait garantir d’abord Nantes des brigands qui s’y portaient sans cesse, ensuite la ville de Nantes contre Nantes elle-même, c’est-à-dire contre l’avarice de quelques commerçants, l’aristocratie de quelques autres et la malveillance de quelques fonctionnaires publics; le comité avait appris par le représentant du peuple Goupilleau, que le 15 août, pendant toute la nuit et les trois journées suivantes, une partie de l’armée de la République avait entendu les signaux en mer, les coups de canon répétés à 11 heures, à l heure et à 3 heures et de même pendant la nuit.

Le comité avait appris depuis cette époque que les représentants du peuple à Nantes avaient les preuves de la communication des rebelles avec les Anglais, et que plusieurs fois les fanatiques de la Vendée s’étaient plaints au commencement du mois d’août de ce que les Anglais ne leur envoyaient pas les 6.000 hommes qu’ils leur avaient promis.

Il résulte d’un rapport communiqué par le ministre de la marine et fait par un chirurgien nommé Jean-Baptiste Sanat, venant d’Angleterre où il a été amené prisonnier en revenant de Cayenne sur le navire le Curieux de Rochefort, il en résulte qu’on connaît à Portsmouth dans l’intervalle de 24 heures tout ce qui se passe à Nantes et dans la Vendée, et qu’on recevait des nouvelles et de l’argent pour les émigrés par le moyen de bateaux pêcheurs français qui vont débarquer à Jersey et au Guernesey.

Le comité était appuyé sur la considération majeure des manoeuvres pratiquées dans le port de Brest, et de l’appui de fédéralisme répandu dans les départements de la ci-devant Bretagne. Il a donc fallu porter toute son attention vers Nantes, il a fallu renforcer cette portion de l’armée des côtes de Brest, qui devait garantir la partie si intéressante de l’ouest et chasser avec une armée agissante les brigands qui attaquaient sans cesse la ville de Nantes.

40.000 citoyens ont fui devant 5.000 brigands, et la Vendée s’est grossie de cet incroyable succès. La mort de plusieurs pères de famille a jeté la stupeur dans les contingents; et le général Rossignol écrivait le 22 septembre au général Canclaux : « Les contingents n’existent plus, on n’a pas su en tirer parti, ils sont plus nuisibles qu’utiles dans le moment. On se tient sur la défensive à Saumur et aux Ponts de Cé. On ne peut faire aucun mouvement. »

Quant au côté d’Ancenis, le tocsin aurait appelé des auxiliaires de la Vendée et non pas des défenseurs de la liberté; le représentant Méolle s’est vu forcé d’y contenir les amis secrets des rebelles vendéistes, et de faire brûler publiquement des drapeaux blancs.

C’est d’après ces notions essentiellement et ces motifs puissants que l’on a vu l’armée sortant de Mayence se porter vers Nantes pour attaquer vivement, quoiqu’un peu plus tard, les rebelles de Mortagne et de Chollet. Les troupes de cette garnison ont été, puisqu’il faut le dire, la pomme de discorde des deux divisions militaire des côtes de Brest et des côtes de la Rochelle. Chaque général voulait commander à ces troupes disciplinées sortant de Mayence. Chacun pensait être victorieux avec ces 16.000 hommes joints aux forces qu’ils commandaient auparavant, on se divisait sur ce point, et la République seule en a souffert.

Au moment où le conseil de guerre tenu à Saumur, le 2 septembre, sur les moyens d’employer la force venue de Mayence, tous les représentants reconnurent que les rebelles étaient aux portes de Nantes et que là étaient les grands dangers, si les rebelles avaient pu prendre les Sables et s’approcher des départements maritimes voisins, dont l’esprit n’est pas bon pour la République.

Après être partis de Saumur, les représentants arrivent au moment où les rebelles attaquaient Nantes pour la quatrième fois depuis la fin d’août : ils avaient été repoussés déjà avant l’arrivée des forces de Mayence.

Les dispositions étaient faites: la division commandée par Beysser, du côté de Machecoul et de Montaigu, vers la rive gauche de la Loire, après avoir balayé la partie qui lui était désignée devait se réunir aux troupes venues de Mayence dans le bourg de Torfou. Les chemins mauvais, les abattis et peut-être des trahisons ont empêché l’exécution de cette mesure.

D’ailleurs, comme la vérité est le premier tribut que le comité doit à la confiance dont la Convention l’a investi, il faut dire qu’une partie de nos troupes n’a pas conservé dans sa marche les moeurs que doivent avoir les armées de la République. On a pillé à Torfou, en reconnaissant ce poste; et pendant le pillage, les soldats ont été cernés et très fortement maltraités par les brigands.

Le bataillon de la Nièvre, qui était à son poste, et qui gardait les canons, a été investi par les brigands. Il a été étonné du nombre et de l’impétuosité des assaillants; il a plié et les canons ont été pris. Vous avez déjà appris les détails de cette journée, dont le revers a été réparé dans la même journée par les mêmes troupes en avant de Clisson, lorsque le corps d’armée a repoussé l’ennemi.

Ici se présente la journée des rebelles, celles dont les succès ont étonné un instant nos troupes. C’est la journée du 19 septembre dont je veux parler.

Ce jour-là, les troupes de Mayence se battaient à Torfou avec grand échec.

Ce jour-là les troupes de Mayence se battaient a Paloi, aux portes de Nantes, avec grand succès

Ce même jour, les troupes, aux ordres de Rossignol, étaient repoussées de Vihier par les brigands, et quoique la division de Santerre fût forte de nombreuses réquisitions, elle était entièrement battue à Coron, où elle a perdu son artillerie; des pères de famille ont demeuré sur le champ de bataille, et la terreur a frappé les contingents.

Que produisit cette triste journée, outre les malheurs qu’elle éclaira ! Elle produisit des plaintes, des soupçons entre les chefs. Ils écrivaient de Saumur, pour se plaindre de ce que les brigands étaient renvoyés vers cette partie, tandis que les troupes de Mayence étaient occupées à se battre aussi, ainsi que, la division de Beysser contre d’autres rassemblements de brigands, à la fois à Torfou, à Mortagne et à Montaigu. La défaite de Saumur n’a pas été un contre-coup, mais une défaite.

C’est à Montaigu que Beysser était battu, et qu’il lui devenait impossible de faire sa jonction avec les troupes de Mayence à Boussay, où il était attendu. La déroute de Beysser avait aussi des suites fâcheuses car elle a produit l’échec de la division de Mikousky, qui était au moment d’opérer sa jonction à Saint Fulgent, avec la colonne commandée par Beysser.

Les plaintes du côté de Saumur ont dû cesser alors que les représentants du peuple écrivent de Clisson, le 22 septembre, qu’il existe une armée plus nombreuse qu’on ne l’avait pensé une armée de 100.000 brigands, dont 50,000 bien armés.

Le 24, les représentants du peuple à Saumur leur répondent que les divisions d’Angers et de Saumur ne peuvent que se tenir sur la défensive: alors les représentants du peuple près les troupes de Mayence se sont occupés de rétablir les communications avec Nantes : ainsi, tout n’a pas été en pure perte pour la République. Les troupes de Mayence ont préservé Nantes contre les brigands, Nantes contre Nantes; elles ont préservé surtout les départements de la ci-devant Bretagne.

Tels sont les résultats sommaires de la correspondance reçue par le comité sur les événements militaires de toutes ces journées; tels sont les résultats que le comité a obtenus des conférences qu’il a eues samedi avec le général Ronsin, et dimanche avec Reubel et Tureau représentants du peuple, arrivés de la Vendée dans la nuit.

Le tableau des malheurs de la patrie qui réjouit l’aristocrate, qui contente le modéré, n’est qu’une leçon pour l’administrateur public et un motif de courage pour le républicain.

Pour prendre dans l’affaire de la Vendée l’attitude qui convient à la Convention nationale elle doit d’abord jeter un coup d’oeil rapide sur les progrès et ensuite sur le dernier état.

Voici un aperçu rapide:

Conspiration commencée par la Rouerie, et qui rattache à des complots plus profonds et que le temps ne couvrira pas toujours de ses ombres; conspiration mal déjouée, mal suivie par le conseil exécutif d’alors. Il fallait brûler la première ville. le premier bourg, le premier village qui avait fomenté la révolte. Une ville en cendre vaut mieux qu’une Vendée qui absorbe les armées, les cultivateurs, la fortune publique et qui détruit plusieurs départements à la fois.

La Vendée a fait des progrès par les conspirateurs qui l’ont commencée, par les nobles qui les ont aidés, par les prêtres réfractaires qui s’y sont mêlés, par le fanatisme des campagnes, la tiédeur des administrations, la trahison des administrateurs, par les étrangers qui y ont porté de l’or, des poudres, des armes et des scélérats, par les émigrés qu’on y a vomis, par les parents de Pitt et de Gréenville, qui en calculaient, qui en achetaient les progrès effrayants.

La Vendée a fait d’autres progrès, par l’insuffisance des troupes envoyées, par le choix des généraux traîtres ou ignorants, par la lâcheté de quelques bataillons composés d’étrangers, de Napolitains, d’Allemands et de Gênois ramassés dans les rues de Paris par l’aristocratie qui nous a fait ce présent avec quelques assignats. Il y avait même, dans les bataillons, des émigrés que le glaive de la loi a punis à Tours.

La Vendée a fait de nouveaux progrès, par l’envoi trop fréquent et trop nombreux de commissaires de la Convention, par l’armée trop nombreuse de commissaires du conseil exécutif

La Vendée a fait de nouveaux progrès par l’insatiable avarice des administrations de nos armées, qui agiotent la guerre. qui spéculent sur les batailles perdues, qui établissent leurs profits sur les malheurs de la patrie, qui grossissent leurs trésors de la durée de la guerre, qui contrarient les dispositions militaires pour en prolonger les bénéfices et qui s’enrichissent sur des tas de morts.

La Vendée a fait de nouveaux progrès, par l’intelligence qui doit exister entre nos ennemis, entre nos départements rebelles, entre les Anglais, entre l’aristocratie et les complots obscurs de Paris, et ceux qui agissent dans nos armées.

La Vendée a fait les derniers progrès, par la marche inégale de nos armées combinées, par l’esprit stationnaire de l’armée de Saumur quand celle de Nantes avait une activité victorieuse; par la non organisation de l’armée de Niort et l’inactivité que lui avait communiqué son premier général.

Comment nos ennemis n’auraient-ils pas porté tous leurs efforts sur la Vendée c’est le coeur de la République, c’est là que s’est réfugié le fanatisme et que les prêtres ont élevé ses autels; c’est là que les émigrés, les cordons rouges, les cordons bleus et les croix de Saint-Louis, de concert avec les puissances coalisées, ont rassemblé les débris d’un trône conspirateur; c’est à la Vendée que correspondent les aristocrates, les fédéralistes, les départementaires, les sectionnaires; c’est à la Vendée que se reportent les voeux coupables de Marseille, la vénalité honteuse de Toulon, les cris rebelles des Lyonnais, les mouvements de l’Ardèche, les troubles de la Lozère, les conspirations de l’Eure et du Calvados, les espérances de la Sarthe et de la Mayenne, le mauvais esprit d’Angers, et les sourdes agitations de quelques départements de l’ancienne Bretagne.

C’est donc à la Vendée que nos ennemis devaient porter leurs coups; c’est donc à la Vendée que vous devez porter toute votre attention, toutes vos sollicitudes; c’est à la Vendée que vous devez déployer toute l’impétuosité nationale et réunir tout ce que la République a de puissance et de ressources.

Détruisez la Vendée, Valenciennes et Condé ne seront plus au pouvoir de l’Autrichien.

Détruisez la Vendée, l’Anglais ne s’occupera plus de Dunkerque.

Détruisez la Vendée, le Rhin sera délivré des Prussiens.

Détruisez la Vendée, et l’Espagne se verra harcelée, conquise par les méridionaux joints aux soldats victorieux de Mortagne et de Cholet.

Détruisez la Vendée, et une partie de cette armée de l’intérieur va renforcer cette courageuse armée du Nord si souvent trahie, si souvent désorganisée.

Détruisez la Vendée, Lyon ne résistera plus, Toulon insurgera contre les Espagnols et les Anglais, et l’esprit de Marseille se relèvera à la hauteur de la révolution républicaine.

Enfin, chaque coup que vous porterez à la Vendée retentira dans les villes rebelles, dans les départements fédéralistes, dans les frontières envahies. La Vendée, et encore la Vendée ! voilà le chancre politique qui dévore le coeur de la République française: c’est là qu’il faut frapper.

C’est là qu’il faut frapper d’ici au 20 octobre, avant l’hiver, avant l’impraticabilité des routes, avant que les brigands trouvent l’impunité dans le climat et dans la saison.

D’un coup d’oeil vaste, rapide, le comité a vu dans ce peu de paroles tous les vices de la Vendée.

Trop de représentants.

Trop de généraux.

Trop de division morale.

Trop de divisions militaires.

Trop d’indiscipline dans les succès.

Trop de faux rapports dans les récits des événements.

Trop d’avidité, trop d’amour de l’argent et de la durée de la guerre dans une grande partie des chefs et des administrateurs.

Voilà les maux, voici les remèdes.

Première mesure. A trop de représentants substituer un petit nombre, en exécutant rigoureusement le décret politique et salutaire qui défend d’envoyer des représentants dans leurs propres pays, dans leurs départements.

Renouveler ainsi l’esprit de la représentation nationale près les armées, c’est l’empêcher de s’altérer, et de perdre cette énergie, cette dignité républicaine qui fait sa force; c’est rompre des habitudes toujours funestes. c’est éloigner des ménagements industrieux, presqu’inséparables des affections locales.

Ainsi, quatre représentants suffiront dans l’armée agissante contre la Vendée pour embrasser toute la surveillance des opérations. Il n’y a rien d’injurieux, rien de douteux dans cette nouvelle nomination de représentants. Le comité connaît trop les travaux immenses qu’ont fait à Nantes, à Saumur, à Tours et à Angers les représentants qui y sont dans ce moment, pour établir ce genre d’ingratitude, à la place des marques de satisfaction qu’ils méritent : mais les nouvelles combinaisons prises par le conseil exécutif provisoire et par le comité pour une armée unique contre la Vendée n’exigeront plus que quatre représentants.

Seconde mesure. A trop de généraux succédera un seul général en chef d’une armée unique, c’est là le moyen de donner de l’ensemble aux divisions militaires, de l’union aux moyens d’exécution de l’armée, de l’intensité au commandement, et de l’énergie aux chefs des troupes.

Deux chefs marchaient contre la Vendée, deux chefs appartenaient aux deux armées des côtes de Brest et de la Rochelle; de là point d’ensemble, point d’identité de vues, de pouvoir d’exécution, deux esprits dirigeaient deux armées, quoique marchant vers le même but et il ne faut à l’armée chargée d’éteindre la Vendée qu’une même vue, qu’un même esprit, qu’une même impulsion. La force des coups qui doivent être portés aux brigands dépend beaucoup de la simultanéité, de l’ensemble de ceux qui frappent, et de l’esprit uniforme qui les meut.

Les généraux ont plus de passions et de passions plus actives que les autres hommes. Dans l’ancien comme dans le nouveau régime, un amour-propre excessif, une ambition exclusive de la victoire, un accaparement de succès sont inséparables de leur coeur. Chacun, comme Scipion l’Africain, voudrait être Scipion le Vendéiste, chacun voudrait avoir éteint cette guerre civile, chacun voudrait avoir renversé le fanatisme et exterminé les royalistes.

Ambition généreuse sans doute, et digne d’éloge, mais c’est lorsqu’elle n’est pas personnelle, mais c’est lorsqu’elle n’est pas exclusive, mais c’est lorsqu’elle ne tourne pas à la perte de la République. Soyez fiers de vos succès, généraux de la République, mais ne soyez ni jaloux, ni ambitieux personnellement.

Soyez jaloux de servir mieux qu’un autre la République, soyez ambitieux de la sauver; soyez ambitieux de la gloire générale et de la renommée de la patrie; il n’est que cette passion qui peut vous sauver ou vous rendre célèbres.

Il est des hommes cependant qui font de l’art affreux de la guerre un vil métier, une spéculation mercantile, et qui ont osé dire : « il faut que cette guerre dure encore deux ans… ». Citoyens,. serait-ce donc un patrimoine que le droit de laisser égorger ses semblables ? Serait-ce une spéculation vénale, que celui de conduire ses concitoyens à l’honneur de la victoire ? Serait-ce à la merci des généraux et des administrateurs militaires, que nous pourrions livrer ainsi le sort de la République, la destinée de 27 millions d’hommes et la dépense de la fortune nationale ?

Pardonnez cette légère digression; elle a, été commandée par le sujet. La jalousie des généraux a fait plus de mal encore à la France que les trahisons.

Désormais un seul général en chef commandera l’armée active contre la Vendée; pour y parvenir, il a fallu faire un nouvel arrondissement pour cette armée. L’armée de Niort, celle de Saumur, celle de Nantes ne formeront plus désormais qu’une seule armée; elle sera augmentée en territoire de tout le département qui contient Nantes, du département de la Loire Inférieure. Cette armée portera le nom d’armée de l’Ouest.

Troisième mesure. Il faut trancher ces deux divisions, armée des cotes de Brest, armée des cotes de la Rochelle, et n’en former qu’une seule, pour y adapter un général nouveau. C’est au conseil provisoire à présenter sans délai à votre approbation un général en chef, reconnu par son audace et son patriotisme; car il ne faut que de l’audace contre des brigands, des prêtre et des nobles. Il sont lâches comme le crime, ils n’ont de force que celle que donne le fanatisme royaliste et religieux. Opposons leur, non le fanatisme de la liberté, le fanatisme ne convient qu’à la superstition et au mensonge mais opposons-leur l’énergie des républicains, et l’enthousiasme que la liberté et l’égalité impriment à toutes les âmes qui ne sont pas corrompues.

Depuis que l’art de la guerre a obtenu une grande perfection, il est de principe qu’il faut, pour avoir des succès, faire la guerre avec de grandes masses; c’est un art militaire qu’on se lève en masse pour la victoire. Dieu, disait un général fameux du Nord. Dieu se met toujours du coté des gros bataillons.

Pourquoi la liberté, qui est la divinité que nous servons, ne suivrait-elle pas cette tactique ! Pourquoi nos généraux divisent-ils, gaspillent-ils, disséminent-ils sans cesse nos forces au lieu de les réunir et de les employer par grande et imposante parties ! L’exemple des succès de la réunion et des forces combinées a été si souvent donné ! Espérons qu’enfin il va être suivi dans la Vendée. Vous n’avez qu’à l’ordonner.

L’indiscipline est le plus grand fléau des armées elle désorganise la victoire, elle paralyse ses succès; elle intercepte la défense; elle fournit l’arme la plus favorable aux ennemis: aussi n’ont-ils pas oublié de l’employer.

Pour mieux s’assurer de l’indiscipline, nos ennemis domestiques inspirent le désir du butin. Le pillage, ce nom qui est la propriété des brigands et leur signe de ralliement, devait-il souiller les pages de l’histoire des premiers défenseurs de la République. Espérons encore que le nouveau général va faire punir, d’après vos décrets, les faits de pillage et d’indiscipline qui détruiraient nos succès. ou déshonoreraient les victoires, s’ils pouvaient être plus longtemps tolérés.

Quant aux nouvelles exagérées, aux fausses victoires, aux rapports infidèles sur les événements de la Vendée, le comité a, non à se reprocher, mais à gémir sur les fausses relations que la correspondance lui a données sur quelques événements militaires, entre autres sur les dépêches, qui annonçaient du côté de Saumur, que Mortagne et Cholet étaient pris, que 20.000 brigands avaient mordu la poussière, et qu’il n’en restait plus que 5.000.

Qu’ils sont imprudents et coupables, ceux qui trompent ainsi les législateurs, et qui créent, ou trop de terreur par des revers légers, ou trop de succès par des succès mensongers. Le comité a les yeux ouverts sur les hommes qui, au milieu des départements arrosés par la Loire, écrivent des faussetés de ce genre, et il les dénoncera aux tribunaux comme agents indirects de contre-révolution. Ceux qui trompent sciemment les agents de la Convention nationale sur des événements militaires, dans un moment où toutes les âmes ont ouvertes à toutes les impressions où l’inquiétude publique est exaspérée., et peut avoir des résultats fâcheux; de pareils hommes sont répréhensibles, et seront désormais punis comme contre-révolutionnaires.

Il ne reste plus qu’un mot à dire sur la Vendée. et ce mot est un encouragement national à tous ceux qui, dans cette campagne, chasseront tous les brigands intérieurs ou étrangers, car c’est la même famille.

Un décret porte que le traitement des généraux sera gradué sur le nombre des campagnes qu’ils auront faites. Oh ! combien il eût été plus humain, plus philosophique, plus révolutionnaire, de décréter un minimum décroissant par le nombre des campagnes ! Combien cette mesure aurait accéléré le terme de la guerre ! Rarement les généraux la terminent: les artistes ne ruinent pas leur art. Ce sont les peuples qui paient la guerre de leur or, de leurs travaux, de leur sang, qui terminent les guerres. Ce sont les Républiques qui favorisent la population et l’industrie, et non la guerre qui détruit tout jusqu’aux vertus, jusqu’aux premiers droits de la sainte humanité.

Eh bien ! c’est nous qui donnerons une plus grande récompense à ceux qui auront le plus abrégé la durée de la guerre : décrétons que la reconnaissance nationale attend l’époque de la campagne, pour décerner des honneurs publics et des récompenses aux armées et aux généraux qui auront le plus concouru à terminer la guerre.

Que les aristocrates qui se réjouissent impunément de nos revers, et quelquefois de la mauvaise exécution des lois révolutionnaires qui ne les atteignent pas autant qu’il le méritent, que les aristocrates et les modérés ne voient pas dans cette annonce solennelle, le besoin de voir terminer la guerre : ils n’ignorent pas que les émigrés seuls ont donné pour aliment, à la sainte guerre que nous leurs faisons, six milliards de valeur territoriale ou mobiliaire; que les rebelles de Lyon, de Toulon, de Marseille, de la Vendée, et les conspirateurs de tout genre, viennent grossir de leurs biens la fortune publique; ils n’ignorent pas sans doute qu’une nation qui remplit ses villes de manufactures d’armes, et qui couvre ses frontières de 600.000 jeunes citoyens, avec un décret de deux lignes, est une nation qui ne craint ni l’Europe, ni ses tyrans et qui doit être victorieuse.

Il faut que le général d’une République voie, après l’honneur de la victoire la patrie lui prodiguant des honneurs et des récompenses. Nous faisons des lois pour des hommes et non pour des dieux. N’obéissons pas à leur avarice, mais soyons reconnaissants, ne servons pas à leur vanité, mais ouvrons enfin à côté du Trésor public le trésor inépuisable qui, chez les Français, contient les germes de toutes les vertus, la monnaie de la gloire civique.

Le comité a pris des mesures ces deux jours pour l’état-major de l’armée révolutionnaire de l’Ouest, et pour la marche à suivre. L’état-major est épuré de ci-devant nobles, d’étrangers et d’hommes suspects.

Ce travail a, pour principal objet, l’action du gouvernement et l’exécution des lois; la concentration du pouvoir national dans la Convention; le jeu et la circonscription des autorités constituées.

Le comité a chargé Billaud-Varennes, de s’occuper dans ce moment, d’un travail général sur les représentants du peuple près les armées et dans les départements qu’il faut réduire, rappeler ou changer de lieu. Nous plaçons ici à ce sujet une observation que nos collègues doivent entendre : le rappel des représentants n’est que la cessation ou le renouvellement dans les fonctions de représentants telle qu’elle est commandée par les décrets. Ainsi nul reproche, nul doute, aucun nuage ne doit tourmenter les représentants rappelés.

Ce travail réduira à deux, et tout au plus à trois dans chaque armée, les représentants du peuple; ce travail aura pour objet le retour des autres représentants du peuple dans les départements et le placement de représentants nécessaires dans les places fortes les plus importantes.

Ce travail ramènera, dans la main de la Convention, des pouvoirs trop disséminés; il rétablira, dans un seul point, l’autorité nationale.

C’est à l’entrée de l’hiver, c’est à la fin de la campagne, que la Convention doit reprendre tonte l’activité, toute l’énergie et toute la pensée du gouvernement.

Collot d’Herbois présentera un travail général sur la Vendée, son origine, ses progrès et ses trahisons. Il en démontrera les causes et les effets; il en dévoilera les agents et les auteurs, et le glaive de la loi pourra frapper enfin ceux qui ont porté le fléau de la guerre au sein même de la République.

Le comité s’est occupé aussi des mesures qui peuvent accélérer la destruction de la Vendée et ces mesures peuvent être puissamment secondées par une proclamation simple et courte, à la manière des républicains; nous vous la présenterons aujourd’hui.

C’est à la Convention à commander cette fois, le seul plan de campagne, celui qui consiste à marcher avec audace vers les repaires des brigands de la Vendée.

La Convention doit donner à toutes les divisions de l’armée révolutionnaire de l’Ouest, un rendez-vous général d’ici au 20 octobre, à Mortagne et à Chollet: les brigands doivent être vaincus et exterminés sur leur propre foyer. Semblables à ce géant fabuleux qui n’était invincible que quand il touchait la terre; il faut les soulever, les chasser de leur propre terrain pour les abattre.

Non, elle ne sera pas sans gloire et sans récompense, l’armée qui aura terminé l’exécrable guerre de la Vendée. La même gloire et les mêmes récompenses attendent les autres généraux des armées de la République.

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