La thérapie génique au secours de la sélection darwinienne

Darwin et la sélection naturelle« Comme il naît beaucoup plus d’individus de chaque espèce qu’il n’en peut survivre […] »

Ces quelques mots, tirés de l’ouvrage L’Origine des espèces de Charles Darwin, forment le postulat de départ de la théorie de la sélection naturelle, la clé de voûte de l’ensemble darwinien. Aujourd’hui largement tempéré par l’organisation sociale des sociétés modernes et la faible mortalité infantile (0.3%), le principe de sélection naturelle reste pourtant au cœur de toutes les préoccupations scientifiques.

Ainsi, un récent article du journal Cell s’est-il attelé à démontrer la perte progressive, mais certaine, des capacités intellectuelles des futures générations par l’accumulation de « mutations défavorables dans les zones de l’ADN qui régulent l’activité cérébrale ». Le constat est sans appel : 80 % des variants génétiques délétères dans l’espèce humaine sont apparus depuis 5 000 ans seulement. Pire : à chaque génération, 70 bases chimiques de notre ADN sont mal recopiées, ouvrant les portes à de possibles mutations génétiques, négatives ou positives d’ailleurs. La sélection naturelle s’avérant donc défaillante dans l’élimination des mutations négatives, la science a décidé, par la voix de médecins comme Laurent Alexandre[1], de reprendre le flambeau via les biotechnologies et les techniques de séquençages génomiques.

Actuellement présent dans la détection de la trisomie 21 via une simple prise de sang maternel (DPNI[2]), le séquençage génomique s’étendra donc à la détection de toute irrégularité, toute mutation génétique avec, le cas échéant, une thérapie génique pour les corriger. Aujourd’hui confrontée à de nombreux obstacles, et notamment à la question des vecteurs de transport des gènes (viraux, adénoviraux ou, plus récemment, la « LipoMag », un nanocristal magnétique), la thérapie génique ne sera vraisemblablement opérationnelle qu’à l’orée 2025, au plus tôt[3].

Mais le véritable obstacle, s’il n’est pas scientifique, reste éthique : la mise en place d’un « idéal » génétique et, plus encore, la correction systématique de toute « anomalie » au sein du génome relève clairement de l’eugénisme négatif, de l’élimination « des gènes indésirables d’une population ». Car si les eugénistes se réfugient aujourd’hui derrière l’argument de la thérapie génique dite de « correction », on imagine aisément les dangereuses dérives que peut engendrer cette traque aux « mutations génétiques » dès le stade embryonnaire : aujourd’hui, près de 97% des enfants diagnostiqués trisomiques sont avortés. Demain, combien d’autres le seront également pour une simple mutation ?

Cette application de la thérapie génique n’est au fond qu’une version biotechnologique des multiples exemples d’actes eugénistes à grandes échelles : entre 1935 et 1976, la Suède mena une grande campagne de stérilisation sur plus de 63 000 personnes pour « protéger la race nordique ». Demain, via la thérapie germinale, la science s’appliquera à protéger « l’intégrité de la race humaine » en intervenant directement sur les gamètes humains… A l’évidence, la véritable différence entre ces deux actes réside dans les moyens et non dans la finalité.

Source et suite de l’article sur Politique Magazine

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