Châteaubriant, château du Val de Loire ?

ChâteaubriandDu 21 mars au 1er juin a lieu la première édition du Printemps de l’architecture. Plusieurs manifestations ont lieu au château, où ont lieu en ce moment de grands travaux de restauration et de consolidation du donjon. Plusieurs visites thématiques sont prévues. L’une d’elles, organisée le 6 et le 20 avril au titre provocateur « Châteaubriant, un château du Val de Loire ? ». Une initiative qui rend furieux le délégué départemental de la SPPEF, Louis-Benoît Greffe.

Châteaubriant Actualités : Bonjour, LouisBenoît Greffe. La Société pour la protection des paysages et de l’esthétique française, c’est quoi ?

LBG : Bonjour. Notre association, la SPPEF – Société pour la protection des paysages et de l’esthétique française, fondée en 1901 et d’utilité publique depuis 1968 veille à la sauvegarde du patrimoine paysager français. Cependant, elle s’occupe aussi du patrimoine, soit qu’il ait lui-même une valeur paysagère – ainsi des phares ou des châteaux, des clochers d’églises… – soit qu’il soit dans le domaine public, donc que sa conservation relève de l’intérêt général.

Châteaubriant Actualités : Qu’est-ce qui vous dérange dans l’intitulé de cette visite, « Châteaubriant, un château du Val de Loire ? » ?

LBG : Le fait que c’est un non-sens total, et une négation très claire de l’Histoire. Presque tous les châteaux qui ont été construits à la fin du XVe ou au début du XVIe tant en France qu’en Bretagne ont des éléments caractéristiques de la Renaissance, du fait de l’influence italienne. Dans un second temps cette influence s’est subdivisée en styles locaux, notamment en Bretagne où les architectes et tailleurs de pierre locaux ont créé leur propre style très caractéristique. Relier l’existence de tel ou autre élément architectural à un territoire est bête et dangereux. Si on est dans cet esprit là, on peut très bien déclarer doctement que, puisqu’il y a des loggias sur le grand logis du château des Ducs de Bretagne, Nantes est en Italie. Absurde ? C’est exactement ce qu’ils font à Châteaubriant, avec l’argent du contribuable qui plus est. C’est tellement énorme qu’ils ne font que le suggérer.

Châteaubriant Actualités : Une assimilation au Val de Loire vous paraît-elle particulièrement inadaptée ?

LBG : Oui, évidemment. Le Val de Loire, c’est un domaine très strictement encadré sur le plan historique et géographique. D’abord, c’est le long de la Loire et de ses affluents – Châteaubriant se trouve à 42 km de la Loire et la Chère est dans le bassin versant de la Vilaine. Ensuite, le domaine historique du Val de Loire se trouve entre l’Anjou et l’entrée du Gâtinais orléanais. Ce n’est pas pour rien que le domaine classé par l’UNESCO s’écoule entre Sully-sur-Loire (45) et Chalonnes (49). Plus à l’ouest, les châteaux ont un style différent ou sont plus tardifs, même s’ils peuvent être inspirés des précédents. La Loire-Atlantique n’a rien à faire dans le Val de Loire historique. Il y a là une récupération organisée – comme d’habitude – par l’inénarrable « région » des Pays de Loire. Ils ont un problème avec la Loire et avec l’identité bretonne de la Loire-Atlantique.

Châteaubriant Actualités : Que pouvez-vous dire de la dimension Bretonne de la visite ?

LBG : Elle est complètement occultée. Tout ce qui a été construit de 1488 à 1532 et qui porte les symboles français (fleur de lys, monogrammes des rois, porc-épic) et bretons (cordelière d’Anne de Bretagne, hermines, son monogramme, dragons) peut être considéré comme dépendant de la « symbolique du rattachement ». Par exemple, on peut voir une croix très intéressante à Lécousse, près de Fougères. Ou encore un ensemble de bâtiments construits par Anne de Bretagne et Louis XII ou les dignitaires de la cour qu’ils ont installée à Blois à la charnière des XVe et XVIe siècles. Le château de Châteaubriant, lui, n’est pas un symbole du rattachement, mais un château Breton, clé de la défense Bretonne pendant des siècles d’indépendance et de guerres avec les envahisseurs français. C’est pourtant simple.

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