23 avril 2013 : les Invalides envahis

Tension, nombre, ras-le-bol… La réunion faisant suite à la manifestation le jour du vote final de la loi Taubira aurait pu déboucher sur une bagarre générale avec les forces de l’ordre. Elle n’a pas eu lieu. Les manifestants, nullement fatigués, promettent de revenir.

 Au moment où Manuel Valls s’emportait à l’Assemblée en niant les violences policières dont l’accusaient plusieurs députés, un lecteur nous envoyait cette photo relative à un coup porté lors du premier pique-nique improvisé aux Invalides (celui qui avait lancé le mouvement des « veilleurs »).

Alors que la préfecture de police de Paris donne ordre d’utiliser sans restriction du gel lacrymogène, qu’un pique-nique très calme est violemment dispersé par les forces de l’ordre (voir article précédent) , que des jeunes filles en vélo se font encercler pour port de drapeaux de la « manif pour tous » (voir article du Salon beige) , que les gardes à vue abusives se multiplient ou qu’une agression anti-française est transformée en « agression homophobe » (voir article de Nice matin) , doit-on s’étonner des quelques débordements qui ont émaillé la manifestation hier à Paris, ou plutôt de l’absence de violences générales ?

 A la suite d’un défilé qui a réuni près de 20 000 personnes (et non les 3500 affirmés par la préfecture, une évidence pour qui a déjà longé des stades sportifs avant ou après un match), plusieurs milliers de jeunes étaient restés sur l’esplanade des Invalides. Ambiance sympathique. Au loin, le boulevard menant aux stations de métro Varenne et Saint-François Xavier était bloqué par les forces de l’ordre, contrairement à ce qu’avait annoncé au micro le responsable de la ‘manif pour tous’. Assez vite, une foule se pressait devant les barrières anti-émeutes de la rue Saint-Dominique : certains allumaient des fumigènes, d’autres entonnaient des chants repris en chœur. Et, pour la première fois depuis le début de la contestation, on assistait à quelques jets de pétards et de bouteilles sur le barrage.

Un mouvement de foule lancé par la course d’un escadron de CRS vers les quais de Seine dégorgeait les lieux. Difficile de savoir qui engendre ces déplacements spontanés. Un peu plus tard dans la soirée, on pouvait apercevoir deux hommes encagoulés reconnaissables à la même tenue vestimentaire, errer ensemble pendant une heure, observer les gens et jeter mollement des capsules de bouteille : des policiers en civil.

A une vingtaine de mètres de là, des CRS parlaient avec des jeunes, visiblement peu inquiets  photo 4. Des centaines de veilleurs, bougies à la main, s’asseyaient paisiblement en écoutant des textes. Un musicien jouait du violon. Ailleurs, des petits groupes pique-niquaient sur les pelouses.

Ambiance éclectique entre des jeunes excédés par le vote final de la loi et les ordres abusifs donnés par la préfecture de police, des veilleurs silencieux, des promeneurs calmes qui participent au même combat sans intégrer aucun des fronts.

Le temps passe et des jeunes rentrent chez eux. Des journalistes en font de même. Des escadrons de CRS essayent alors d’encercler la foule amassée devant la rue Saint-Dominique, mais ils se retrouvent eux-mêmes encadrés de par et d’autres par les manifestants. La tension est élevée mais il n’y a visiblement aucune intention d’attaque dans aucun des camps. « S’il s’agissait de racailles à la place, ils [les forces de l’ordre] se seraient fait massacrer », susurre avec raison un homme qui filme la position inconfortable des gendarmes mobiles.

Les CRS eux-mêmes font preuve d’une certaine passivité. A la mine de certains, on comprend qu’ils n’ont aucune envie de réprimer encore une fois les jeunes présents. Des commandants donnent des consignes de calme. Est-ce le fruit des réactions médiatisées de députés qui se sont révoltés contre les excès des deux derniers mois ? Ou le ras-le-bol qui commence à envahir la police ?

A 00h30, les veilleurs silencieux partent et l’étau se resserre sur quelques centaines d’irréductibles. Ils n’ont d’autre volonté que rester sur place. La tension a baissé de trois crans. Ca danse et ça chante, quand un escadron charge de manière incompréhensible.

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